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Ce blogue a été mis sur place avec notre propre initiative. Merci de ne pas partager ou diffuser les photos et vidéos qui s'y retrouvent, par respect pour les enfants et toutes les personnes impliquées dans ce processus.  

Le but de ce blogue est de vous tenir informés des différentes étapes, de nos expériences et des plus récentes nouvelles au sujet de notre projet d'adoption. 

Nous sommes très fiers de vous partager tous ces moments qui sont riches en émotions, en rebondissements, en larmes et en rêves... Vous pouvez également commenter toutes nos publications afin de rendre ce blogue encore plus interactif et passionnant.

Bonne lecture, en espérant que vous apprécierez...

Les émotions en crescendo

Nous ne pouvons pas croire que nous sommes déjà le 1er juin et que cela fait 45 jours que nous sommes en Ukraine. Aujourd'hui le programme est assez rempli : aller s'amuser à la Fabrika, finir de rassembler nos choses en vue de faire nos valises puis assister à la petite fête des enfants. Aujourd'hui, c'est la journée internationale des droits de l'enfant. C'est une journée très importante par ici. Les enfants ont préparé une fête, mais plusieurs bénévoles viennent également gâter les enfants. Donc, nous nous levons avec encore quelques Légos à classe (oui oui !!), et nous nous préparons pour partir vers 10h30. Oxanna nous appelle et le plan de la journée à changer. La fête des enfants sera à 16h et nous pouvons par conséquent aller chercher les enfants pour nous amuser à la Fabrika. Le temps est à la pluie et aux orages. 

Nous arrivons à l'orphelinat. Liza était dans sa chambre à l'infirmerie. Nous nous approchons discrètement puis nous lui annonçons qu'on s'en va s'amuser à la Fabrika. C'était le mot magique pour déclencher une marée de bonheur. Sauf que le petit garçon dans le lit d'à côté a entendu cela... Il se met à pleurer et semble inconsolable. L'infirmière lui demande ce qui se passe : il répond que son ami Liza va lui manquer et qu'il aurait bien aimé venir avec nous. Que c'était déchirant et nous avions le coeur brisé de voir ce pauvre petit être si mignon, mais si seul. Nous montons annoncer la bonne nouvelle à Macha et Oleg. Nous arrivons et ils étaient très étonnés de nous voir si tôt. Le sourire aux lèvres, leur bonne humeur en bonus, ils nous sautent dans les bras. L'annonce de notre petite sortie leur a donné toute une belle énergie. Tout le monde s'habille puis nous quittons. Avant d'aller à la Fabrika, Oxanna nous a recommandé d'aller prendre les photos pour le visa canadien, la photo du passeport sera prise par une caméra directement au bureau des passeports de Kherson. Les enfants ont pris leur rôle au sérieux et les photos sont superbes. On sentait leur fierté monter d'une coche. Autre chose très spéciale, les enfants étaient très câlins aujourd'hui. Ça augmente d'un niveau tous les jours. 

On remonte dans l'auto et on se dirige à la Fabrika. Nous sommes dimanche et c'est la journée des enfants. Vous vous imaginez que le centre est plein à craquer, que la place est très bruyante et que les activités sont très prisées. Nous avons souhaité responsabiliser les enfants en leur donnant une carte d'accès aux activités chacun. Ils ont le même montant à dépenser. Plus de crédit = plus de jeu. Ils ont bien compris. C'est parti !! Oleg et Macha se ruent sur le jeu de labyrinthe. Liza se colle à moi et semble un peu absente. C'est comme si elle ne se sentait pas à sa place. Oxanna et nous lui demandons ce qui ne va pas. Il semble que le bruit, le monde et les lumières sont trop intenses pour elle. Je laisse Mélissa avec les jumeaux. Oxanna et moi prenons gentiment Liza et allons faire un tour ailleurs dans le centre commercial. Immédiatement ses mains se sont décrispées. Je peux voir que Liza n'est pas du genre à aller dans un tel endroit avec autant de stimuli. Bref, au bout d'environ 2h, nous sortons et les enfants sont tout mouillés et leurs joues sont rouges cerise. 

On entend nos estomac gargouiller. On se dirige vers un bon resto italien pour aller dîner. Les enfants sont bien calmes, semblent heureux et plein de vie. Liza va définitivement beaucoup mieux. Cela nous confirme que les enfants adoptés peuvent avoir développés cette hypersensibilité. Nous avions été mis au courant dans notre cours de pré-adoption. Il faut aussi ajouter le facteur de sa prise de médicaments pour son épilepsie. Tout le monde a bien mangé. Oleg pose encore beaucoup de questions sur notre voyage. On sent que les enfants sont de plus en plus engagés dans leur voyage de retour. Au niveau boisson, il est intéressant de noter que les filles ont pris du thé noir (et oui !)... Pour les plats, Oleg a mangé de bons spaghettis au pesto et tomates. Ils ne mangent quasi jamais de spaghettis à l'orphelinat. Son plat a été vite terminé. On doit rentrer, il est presque 15h.

En arrivant à l'orphelinat, les enfants sont allés se changer afin de se préparer pour leur spectacle. Nous avons été invités à rester dans leur groupe et d'assister à leur préparation. Oleg nous a fièrement montré son dortoir et son lit. On a quelques amis qui m'ont appelé "Pascal". Oleg s'est empressé de reprendre ses amis pour leur signifier que Pascal est son Papa... Pour Macha et Liza ainsi que pour Oleg, nous sentons qu'ils commencent à se déconnecter de leur groupe. Ils se collent à nous, nous demandent de se faire prendre dans nos bras et nous font plein de bisous. Ils sont très tendres et attachants. Cela nous rend très fiers. Lilia était présente avec sa fille et nous a passé un DVD avec des centaines de photos d'Oleg car c'est elle qui l'avait pris sous son aile. Les filles se font coiffer avec un chignon. Mélissa se fait un plaisir de regarder le tout. Les enfants se changent et ressemblent à de vrais professionnels de ballet classique. Nous sommes très fiers de nos enfants, ils sont tout simplement superbes.

On descend et on s'installe. Nos enfants s'installent et encore une fois nous sentons qu'ils communiquent peu avec les amis de leur groupe. Dès que le spectacle a commencé, j'ai eu les larmes aux yeux qui sont montées quasiment automatiquement. Nous sommes rendus à un stade où l'on se dit que ces enfants vont vivre de gros changements et vont avoir une réponse à leur rêve le plus cher : celui de vivre en famille et entouré d'amour. Plus le spectacle avançait, plus on réalisait que la fin approche à grands pas. En quittant, la directrice adjointe, Lyudmila, a pris la parole. Elle annonce qu'en cette journée spéciale et de fête, plusieurs bénévoles ont des surprises pour les enfants. Soudain, plusieurs de ces bénévoles apportent des boîtes et des paquets de peluches, de nourriture, de lessive, de chocolats et de jouets. C'était formidable et très touchant. Nos enfants se sont tenus à distance de tout cela, comme s'ils ne se sentaient plus concernés. Cela est venu nous toucher... Ensuite, on annonce qu'une autre surprise attend les enfants dehors. Les bénévoles ont acheté une peinture spéciale afin que les enfants puissent mettre des traces de leurs mains sur les voitures... Drôle d'activité, mais les enfants ont eu énormément de plaisir... sauf les nôtres. Ils se sont mis en retrait avec nous et nous collaient, jouaient avec nous et ignoraient l'activité. 

À deux jours d'avoir nos enfants avec nous, je peux vous dire que nous ressentons énormément d'émotions et que nous espérons vivre le moment présent demain et mardi. C'est une charge émotive immense et nous devons être forts pour affronter ces moments très touchants. Ce soir, nous avons été chercher plusieurs choses pour préparer la fête de départ des enfants. Nous aurons aussi quelques cadeaux pour les amis du groupe et pour tous les adultes qui se sont si bien occupés de nos enfants. Ils sont dans cet établissement depuis 7 ans. Les enfants sont très conscients de ce que nous ferons demain et nous espérons que nous n'utiliserons pas trop de mouchoirs. Les jours avancent à grands pas, l'excitation est à son comble et les émotions sont énormément présentes... À demain !

J - 4

Les orages et la grosse pluie nous ont réveillé ce matin. Considérant que nous avons commencé le tri de nos Légos (gracieuseté de ma soeur) reçus la semaine dernière (merci à mes parents pour l'expédition), nous avons décidé d'accélérer le pas puisque nous aurons nos enfants dans 4 jours... Je peux vous assurer que nos enfants vont adorer car nous avons eu la chance d'obtenir beaucoup de modèles différents. La mission de ce  matin était de trier, de rassembler et de trouver toutes les pièces des différents lots de Légo. Merci à nos parents pour ce généreux cadeau. Les enfants apprécieront à coup sûr.

Nous partons toujours vers 15h. On arrive à l'orphelinat sous la pluie. Liza nous embrasse et nous montre un gros "3" avec ses mains pour nous signifier qu'il nous reste que 3 dodos avant qu'ils viennent chez nous. C'était trop mignon. Elle nous attend pendant que nous montons chercher les jumeaux. Oleg était dans son lit, en petit caleçon. Tous ses amis "dormaient", mais nous entendions les pipelettes s'échanger quelques mots... Oleg vient chercher ses vêtements dans son vestiaire. Macha arrive entre deux avec son sourire légendaire. Ils sont toujours très heureux de nous voir. Nous descendons dans la classe pour jouer car la pluie n'est pas très compatible avec les jeux d'extérieurs...

Les enfants s'installent et décident d'entamer leur collation. Oleg a remarqué la présence du gâteau aux bananes. Ils ne se sont pas fait priés pour en mangé. Ils étaient mignons, tous cordés sur le banc de la classe. On entendait les mouches voler. Nous étions assis sur le divan et nous étions en admiration devant eux, en se disant que ce sont nos enfants... Finalement ! Puis quelques questions ont fait leur apparition :

  • Qui fera la traduction à la maison ? (Oleg) En fait personne, ce sera à nous de nous adapter mutuellement et de trouver des moyens de communication efficaces. Par exemple, je leur explique que ma soeur est malentendante. De ce fait, je dois parler avec plus de gestes pour me faire comprendre. 
  • Pourquoi devons-nous passer par Kiev pour revenir au Canada ? (Liza) Parce que nous aurons des papiers à finaliser et que les vols internationaux ne se font qu'à partir de Kiev.
  • Avez-vous des enfants biologiques, si non pourquoi ? (Oleg) Oh la question qui tue... On leur explique que nous avons essayé depuis 5 ans, mais sans succès. On leur avoue qu'heureusement, sinon nous n'aurions pas eu la chance de les avoir dans notre vie (et inversement) ! On sent qu'ils se sentaient un peu tristes pour nous.
  • Quelles sont les activités que nous ferons à Kiev ? (Liza) En fait nous resterons proches de l'appartement, mais cette ville regorge de diverses activités (plage, zoo, parcs, magasinage...). 

Oleg a aussi expliqué qu'il ne dort pas beaucoup en ce moment. Tous les soirs, lorsqu'il se glisse dans son lit, il regarde par la fenêtre et observe le ciel. On sent qu'il est très excité de ce départ. Macha a écouté tout en mangeant. Liza me regardait toujours avec un oeil admiratif et un sourire charmeur. Les enfants sont clairement en mode préparatoire et nous sommes heureux qu'ils puissent nous poser toutes ces questions. Ça montre aussi qu'ils sont engagés dans le processus. Oleg nous affirme également qu'il ne dormira pas dans le train. En passant, Oxana nous confirme qu'on devra prendre le train mercredi soir car elle devra quitter pour s'occuper d'une autre famille. Kseniya (à Kiev) nous a suggérer de montrer su Kiev afin de bénéficier d'une autre traductrice. Voilà la raison.

Nous commençons à jouer après cette bonne collation. Liza et Macha sont sur un nouveau Légo avec Maman. Papa a rapporté une voiture en Meccano à construire (toute en métal et à boulonner). Après quelques essais, Oleg me fait signe qu'il n'aime pas beaucoup jouer avec ce type de jeu. Par contre, il me demande si nous pouvons le passer à ses amis du groupe qui aiment jouer à cela. Oleg m'avoue qu'il préfère les plastiques à assembler plutôt que les pièces de métal. C'est correct, on a tous nos préférences et au moins il aura essayé. On finit par sortir le iPad et l'ordinateur. Tous jouent correctement, mais lors de l'échange après 20 minutes, on sent que la tension est dans l'air. On remet les pendules à l'heure et on leur demande de respecter la consigne. C'était très tendu pour quelques minutes, mais tout est rentré dans l'ordre. 

Vient de le temps de quitter. Nous leur demandons s'ils sont prêts pour leur spectacle de demain. Liza ne voulait pas y participer, Oleg pense qu'il ne sera pas bon et Macha s'en fou éperdument. Ça promet d'être tout un show ! Nous partirons jouer au centre commercial Fabrika et nous irons jouer au bowling demain. Nous devions y aller aujourd'hui, mais on nous avait dit que les enfants auraient une répétition, chose qui ne s'est pas produite...

Début du compte à rebours

Oh que les jours sont comptés ! Nous sommes partis ce matin à la chasse aux souvenirs afin de ne pas se précipiter lorsque nous aurons les enfants. Autant profiter du temps que nous avons seuls afin de finaliser les derniers détails avant notre grand départ pour Kiev. D'ailleurs, la journée a vraiment bien commencé. Comme vous le savez probablement, le plus grand défi qui va attendre nos enfants, c'est leur scolarisation en langue française. Nous étions en pleine réflexion sur ce qui serait le plus souhaitable pour nos enfants. Nous avions plusieurs options dans la tête, mais aucune n'a été privilégiée avant d'avoir une réponse un peu plus claire de notre école de quartier. Donc, en prenant mon café ce matin vers 6h, je lis mes courriels. Quelle ne fût pas ma grande surprise de lire un message de la directrice de notre école. Nous avons eu la chance d'échanger des informations avec elle afin de nous assurer que ces enfants puissent avoir une place, mais aussi du soutien pour leur intégration. Le problème est que les classes étaient quasiment pleines et qu'on avait une possibilité de délocaliser nos enfants dans une autre école. Bref, même si la réponse n'est pas 100% définitive, il semblerait que nos enfants seraient intégrés dans notre école de quartier et qu'il y aurait des discussions afin d'ajouter du soutien linguistique pour nos enfants avec une personne d'origine ukrainienne. Tout est à confirmer, mais c'est bien encourageant d'avoir la compréhension et le leadership de notre école. 

Par la suite, nous avons finalisé nos achats de souvenirs. Tout a quasiment été trouvé. Nous sommes très fiers. Nous avons également acheté d'autres vêtements ainsi que les valises manquantes. J'ai comme l'impression que ça sent le voyage de retour à plein nez ! Dans les rues de Kherson, nous avons remarqué une forte présence de finissants qui célébraient leur dernière journée d'école. Ces "enfants" avaient probablement 16-18 ans et étaient habillés avec le costume d'école, des tresses avec perles dans les cheveux (pour les filles), un bandeau de finissant et une petite cloche accrochée à leur chemise. Nous n'avions malheureusement pas notre appareil photo, mais c'était superbe. On s'est arrêté manger au café Koko au centre-ville. La meilleure place en ville pour les cafés et ils ont un beau choix de boissons fraiches et de pâtisseries. Nous revenons juste à temps pour prendre notre taxi vers l'orphelinat. 

En cours de route, Oxanna nous explique qu'elle a parlé avec la coordonnatrice Kseniya à Kiev. Il semble que l'agenda de retour se concrétise un peu plus et nous sentons les papillons monter. Donc voici ce à quoi ressemblera notre horaire des prochains jours :

  • lundi 2 juin : fête de départ à l'orphelinat vers 15h
  • mardi 3 juin : sortie officielle des enfants de l'orphelinat en début d'après-midi
  • mardi 3 juin : faire les photos pour les passeports ukrainiens et visas canadiens
  • mercredi 4 juin : envoyer notre demande de passeports, finaliser les valises et quitter pour Kiev en train vers 20h
  • jeudi 5 juin : arrivée à Kiev vers 8h
  • Attendre la livraison des 3 passeports (5 jours ouvrables max)
  • Soumettre les demandes de visas canadiens (3-5 jours ouvrables max)
  • Réception des visas puis retour probable au Canada entre le 13 et le 21 juin...

Je peux vous dire que tout commence à se bousculer dans notre tête, mais nous savons que ce sera le plus beau voyage de notre vie. Bref, nous arrivons à l'orphelinat et Liza nous attendait avec son beau sourire. Ils vont la laisser à l'infirmerie à sa demande car son groupe a quitté pour la mer Noire et qu'elle préfère rester ainsi avant son départ avec nous. Elle n'a donc pas pu aller à l'école, mais a demandé à une amie de remettre le bouquet à son enseignante. Nous montons chercher les jumeaux. Oleg en me sautant dans les bras me dit tout de suite que sa maitresse a été très heureuse de recevoir le bouquet de roses. Elle lui a même donné un congé de tâches. Idem pour Macha. Nous leur demandons aussi de nous redonner les cahiers d'école afin de les inclure dans leur boîte à souvenir. Macha et Oleg ont laissé leurs cahiers à l'école (probablement qu'ils souhaitent tirer un trait sur leur passé, et c'est correct ainsi). Cependant, nous allons écrire à l'enseignante d'Oleg pour lui demander si nous pouvons récupérer des cahiers et autres bricolages. Nous sommes surpris, mais les enfants de 10 ans font des exercices d'arithmétique beaucoup plus poussés (ex : algèbre, multiplications combinées avec divisions ou soustractions...). Ça promet !

Nous descendons avec les enfants et on s'installe tranquillement dans le parc. Nous sortons les collations car les enfants doivent aller répéter leur spectacle de dimanche dans 25 minutes. Aujourd'hui c'est une collation spéciale : pêche de vigne, abricots, cerises et fraises. Ces fruits du marché étaient d'une qualité et d'une fraicheur fantastique. Les enfants ont adoré et ils se sont léchés les babines. Que c'était succulent. Nous en profitons pour expliquer aux enfants que nous avons eu des nouvelles de leur nouvelle école. Ils ont posé beaucoup de questions et nous sentons leur intérêt pour découvrir leur nouvelle classe. Liza en profite pour sortir avec fierté tous les mots qu'elle a appris en français. Oleg se questionne si il devra parler anglais ou ukrainien. On lui explique que ce sera quasi-exclusivement en français, il semble content de cela. Il nous mentionne que si on apprend les maths en jouant et en groupe (travaux collectifs), alors il va aimer beaucoup les maths. Actuellement l'enseignement ukrainien est très magistral et très peu interactif. J'imagine juste la tête des enfants en voyant le tableau blanc interactif dans leur local. Ça sera toute une motivation !

Les enfants courent par la suite dans leur salle de répétition. Nous en profitons pour parler des prochaines étapes et planifier notre retour. Oxanna est aussi fébrile que nous, mais elle pense que tout ira bien. Elle pense aussi que Oleg risque d'être très émotif, mais pas les filles. On verra bien... À peine avoir terminé de parler, nous voyons nos joyeux troubadours revenir à nous en courant et avec le sourire contagieux. On doit rentrer car la pluie commence à tomber. On s'installe dans la salle de classe et les enfants se répartissent encore les jeux. C'était bien agréable. Nous partons à l'auto remettre tous les sacs dans le coffre de la voiture. Les enfants en ont profité pour saluer notre chauffeur. On les raccompagne à leur groupe et tous nous ont fait de gros câlins. C'était bien agréable et surtout ça nous stimule encore plus de les sortir au plus vite afin d'avoir encore plus de petits moments comme ceux-là... Demain, nous irons à Fabrika pour faire des jeux d'intérieurs. Les enfants ne le savent pas encore, on adore leur faire des surprises...

Notre première rencontre de profs

Nous sommes déjà à J-5... Le grand jour arrive bientôt et nous sentons les émotions monter en nous. Ce matin, nous avons demandé à Oxanna d'aller rencontrer les enseignantes de nos enfants. L'école se termine officiellement demain et nous considérons qu'il est très important de rencontrer ces personnes afin d'avoir l'heure juste sur leur progression d'apprentissages. Nous connaissons les enfants dans le contexte de l'orphelinat, mais qu'en est-il à l'école ? Ont-ils des difficultés ? Ont-ils des amis et quel est leur comportement ? Comment gèrent-ils les échecs ? Etc... Nous avons rendez-vous à 11h45 pour suivre la nounou qui s'en va chercher les enfants. L'école se termine à midi. Nous marchons vers l'école qui se trouve de l'autre côté de la rue. Premier choc : c'est une école qui combine le niveau préscolaire, primaire et secondaire ! Mettons que ça surprend au premier abord. Nous attendons quelques instants et nous voyons Macha et Oleg sortir de leur classe. Liza était encore à l'infirmerie car il semble que son bouton de fièvre (feu sauvage) soit une source de contamination. Va-t-elle finir par sortir de là ?? Oui mardi... Macha et Oleg avaient des yeux ravis et super heureux. Ils étaient très surpris de nous voir car nous ne les avons pas averti. Les enfants étaient fiers de se faire prendre dans nos bras et je peux vous dire que nous étions leur trophée en face de leurs camarades. Je sentais de la fierté dans leur comportement.

Nous commençons par l'enseignante de Liza qui se nomme Anna. C'est une femme très délicate, attentionnée et expérimentée. Notre traductrice la connait car elle travaillait dans un orphelinat en petite enfance. Elle nous confirme que Liza est très douée, intelligente et passionnée par les arts et la musique. Les maths et la littérature ne sont pas ses points forts. À cause de son traitement, ça lui joue dans les pattes (perte de mémoire momentanée, confusion...). On a même eu la chance de voir son bulletin final qu'elle nous a remis. Elle a des notes dans la moyenne supérieure et a été dispensée d'éducation physique à cause de son épilepsie (ah bien, cela confirme pourquoi elle est un peu faible en motricité globale !). Dès qu'elle nous a rencontré (fin avril), elle a annoncé à tous ses camarades qu'elle avait de nouveaux parents puis elle nous a nommé avec fierté. Selon son enseignante, avec un ajustement de traitement, avec tout l'amour de parents et le soutien parental, elle sera encore meilleure à l'école. Elle nous avoue aussi que Liza aime avoir des responsabilités et qu'elle est très kinesthésique (elle doit toucher pour aimer : l'enseignante lui demande de recevoir un massage, Liza considère ce privilège comme sa récompense).

Nous continuons avec l'enseignante d'Oleg, Lyudmila. Elle avait un air un peu froid. Elle dit qu'Oleg est dans la moyenne, mais qu'il en arrache en maths. Il n'a aucun amis à l'école car il ne souhaite pas être blessé par des enfants ayant des parents biologiques. C'est son mode de protection. Cependant, depuis qu'il nous connait, elle a vu une belle progression dans toutes les matières. Il a aussi un grand besoin d'amour, de soutien personnalisé avec ses parents et cela ne fera qu'augmenter sa confiance en soi. Nous parlons finalement avec l'enseignante de Macha, Anna. On sent tout de suite qu'elle n'est pas son élève préférée. Macha a des soucis en lecture, en écriture et en maths. Bref, elle est sous la moyenne, mais selon elle tout est un problème de confiance en soi. Quand elle n'aime pas une matière, elle se referme comme une huitre. Elle croit aussi qu'avec du soutien parental, de la motivation et de l'amour qu'elle sera très différente.

Bref, nous avons remarqué que les enfants devront être stimulés par le jeu et nous devrons aussi gérer les devoirs d'une telle manière qu'ils auront du temps de qualité avec nous (un à un si possible). Nous sommes vraiment surpris de ces commentaires et cela est tout un contraste par rapport aux comportements au sein de l'orphelinat. Nous leur donnerons tout l'amour et le soutien afin de garantir leur succès, à leur rythme. Très motivant et encourageant. Par la suite, on rentre et on décide d'aller manger des sushis sur une terrasse non loin de chez nous. Le temps est superbe et cela nous donnait une impression de vacances dans le sud ! On rentre rapidement et il est 15h, l'heure de quitter pour l'orphelinat. En arrivant, on parle avec l'infirmière et Liza semble nous repousser, l'air d'être encore sur le même mode qu'hier après-midi. Étonnant, mais on la laisse et nous décidons de monter chercher les jumeaux. Oleg et Macha nous embrassent bien fort et nous décidons d'aller dehors. Liza a pris le temps de se faire coiffer un peu et Oxanna en a profité pour lui parler un peu.

Les enfants sortent. Oleg et Macha ont trouvé de vieux vélos qu'ils décident d'essayer. Je vous rassure, ils ne savent pas faire de vélo car les petites roues d'en arrière sont très utiles. Liza arrive délicatement, toujours sans établir de contact avec nous. Je m'en vais proche d'elle et Oxanna me rapporte ce qu'elle a entendu. En premier, elle se sent mal par rapport à son mauvais comportement d'hier avec nous. Je lui dis que c'est normal, mais qu'on ne lui en tient pas rigueur. Ça arrive à tout le monde d'avoir des journées comme celles-là. Ensuite, elle a rapporté que Natalia, une des nounous, lui a expliqué que si elle continue de mal se comporter avec nous, nous partirons au Canada sans elle. Franchement ! J'étais vert, bleu, mauve de rage. Je l'ai prise immédiatement sur moi pour la consoler. Grâce à Oxanna, je lui dis que jamais nous ne la laisserons tomber, qu'on l'aimera pour toujours et inconditionnellement. Je n'hésite pas à lui dire aussi qu'elle doit nous faire confiance, se faire confiance et ne plus écouter les stupidités autour d'elle, même quand ça vient d'un adulte. Vous auriez du voir la lumière revenir dans son visage. Son sourire était magnifique. Donc, cela nous confirme que les enfants sont influencés par toutes sortes de commentaires, de comportements et d'idioties de la part d'adultes qui ne font que les perturber davantage. C'est donc normal de voir un comportement comme celui d'hier.

On se rue dans le parc, on joue au vélo, on prend des photos, on se pousse sur des petits véhicules en plastique (trop petits pour eux, mais c'est pas grave). Entendre les enfants rire aux larmes était juste une bénédiction et un pansement sur la journée d'hier. Ils nous collaient, nous taquinaient et n'en finissaient plus de nous embrasser. J'annonce aussi que nous arrêtons d'utiliser notre calendrier. Ça excite trop les enfants et ça les rend fous. Donc, une journée à la fois, ça sera parfait ainsi. Leur comportement était exemplaire, respectueux et émouvant. Macha a fait plusieurs fois le tour de la bâtisse avec un vélo à moitié crevé, Liza a regardé des photos de sa jeunesse (envoyés par ses nounous), mais aussi des photos de maman plus jeune (les enfants ont beaucoup aimé). Oleg a joué au vélo avec moi et il a joué au iPad. Bref, un après-midi rêvé et des enfants que nous aimons de plus en plus. Touchant, bouleversant et intéressant... voilà les qualificatifs de la journée !

En quittant, nous avons complètement oublié que demain est leur dernière journée d'école. On décide de poursuivre la tradition. On s'arrête acheter un bouquet de 3 roses par enfant avec un ruban qui symbolise leur couleur préférée. On retourne rapidement à l'orphelinat. Liza aidait l'infirmière à arroser les plantes. Vous auriez du voir ses yeux et son sourire. Elle a choisi les roses jaunes et les a immédiatement mise dans l'eau. Elle était très fière. Nous avons insisté auprès de l'infirmière pour qu'elle ait sa chance d'aller remettre ce bouquet demain, en main propre. Elle a accepté. Victoire ! Puis on monte et on voit Oleg (et tous les gars de son groupe) en maillot de bain (il faisait très chaud !!). Il a pris les bouquets pour aller les présenter à Macha. Il lui a demandé de choisir et il s'est chargé de mettre ces deux bouquets dans un vase pour demain. Ils nous ont embrassé et voilà comment s'est terminée cette journée : sur des roses...

Journée yo-yo

Et voici une autre journée chaude et humide qui commence. La nuit a été courte puisque dormir avec un 18°C humide, ce n'est pas ce qu'il y a de plus agréable. Ce matin, après avoir travaillé pendant 3 bonnes heures, je décide de préparer un petit dessert pour nos petits loulous. Nous avons été chercher le nécessaire hier et nous leur concocterons un bon pain aux bananes avec des noix et du chocolat noir (cliquez ici pour la recette). Tous les ingrédients ont été trouvés. Cependant cuisiner sans tasse à mesurer, sans four qui chauffe correctement et sans être habitué aux ingrédients locaux, ça dérange un peu. J'ai donc fait cette petite délicatesse avec amour et nous avons été bien étonnés voire satisfaits du résultat. Nous avons procédé au test de goût et je vous assure que c'est excellent. 

Vers 13h, nous avons rendez-vous avec Oxanna afin d'aller luncher ensemble. Elle nous propose d'aller au "Mouscate" (traduction : "Muscat") qui est un très bel hôtel au centre-ville. Nous avons dégusté de nouveaux plats ukraino-russes : bortsch d'été (faite avec des légumes verts), cigares aux choux locaux, soupe russe froide au petit lait (avec jambon, patates, aneth), salade russe aux saucisses (un genre de piedmontaise). C'était très bon ! Durant le dîner, Oxanna nous confirme que nous pourrions aller rendre visite aux enseignants de nos enfants demain, après l'école. Nous pourrions ainsi en savoir plus sur leur niveau scolaire, leur comportement, leur qualité, les points à travailler, etc... Pour vendredi, nous devrons aussi participer au départ des enfants de leur école. Il existe une très belle tradition : lors de la première et de la dernière journée d'école, lors de la fête internationale des enseignantes et de la journée de la femme, les enfants apportent des fleurs à leur enseignante. C'est donc à confirmer, mais il nous fera plaisir de donner une rose à ces femmes qui ont joué un rôle important dans la scolarisation de nos enfants. En quittant, Oxanna nous indique qu'elle ira au palais de justice afin de voir si le jugement final a été rédigé et si aucune erreur ne s'y est glissée. Nous avons trouvé cela très professionnel. Malheureusement le ciel s'assombrit et nous entendons les orages se pointer le bout du nez. Ça sent les activités à l'intérieur... 

Nous arrivons à l'orphelinat où Liza nous attendait bien sagement. Elle vient à notre rencontre et nous annonce qu'elle se porte beaucoup mieux. Elle devrait sortir demain. Ses boutons de fièvre aussi vont bien mieux. On arrive à l'étage et les jumeaux sont venus rapidement vers nous, le sourire toujours bien présent. Entre deux, Liza est allée se changer afin de porter un short. Macha part avec elle et revient en faisant un peu de boudin... Il semble qu'il y ait eu un malentendu sur les vêtements. Mais bon, nous descendons et on doit s'installer dans la grande salle car la classe est occupée. On doit aussi faire vite, car une répétition aura lieu vers 16h. Nous sortons leurs cartes d'adieu qui ne sont pas toutes complétées. Oh la la que ça sentait la chicane ! Oleg ne voulait pas que les filles ajoutent un mot dans ses cartes (Liza s'en est chargée, hourra !). Macha était tannée et Liza ne voulait plus rien faire à cause de la mini-chicane au sujet des vêtements. L'ambiance se calme un peu. Papa, Macha et Oleg font les fous sur le tapis pendant de bonnes minutes. Pendant ce temps, Liza s'est quand même mise à écrire quelques cartes. Il est 16h, les enfants doivent prendre place pour leur répétition. Liza nous fait comprendre qu'elle n'y assiste pas sur ordre de l'infirmière (pas de commentaire s'il vous plait !!). 

On sort puis on continue le sac en feutrine. Liza a de la misère (comme les 2 autres enfants) à terminer ce qui est commencé. Elle tente de négocier, de nous charmer, mais rien n'y fait. On lui demande de continuer car il ne nous reste que très peu de jours. C'était bien compliqué ! Une fois son travail bien avancé, on lui donne un peu le iPad comme récompense. Soudain Macha arrive ... seule ! Oh, oh... On se demande où est notre charmant Oleg. Macha indique qu'ils ont tous les deux pleurés pendant la répétition car ils souhaitaient être avec nous pour jouer. Sauf que la nounou Lilia a sermonné les deux loustics en leur disant qu'ils devaient suivre ce qu'elle leur demandait plutôt que de critiquer et se plaindre. Oleg l'a très mal pris et s'est fait chicaner par elle. L'humiliation a été clairement utilisé comme outil disciplinaire, mais nous savons que c'est la pire option pour lui. Je rentre pour aller jeter un coup d'oeil. Il était dans le couloir et Lilia le sermonnait. Il m'aperçoit et rentre dans la grande salle tout apeuré.  Il se cache sous des sièges, glisse entre les sièges et part à pleurer à chaudes larmes. Je me penche pour lui demander s'il veut rejoindre Papa, mais il me dit avec insistance "non, non !!!". Oh la la ! Je le laisse dépomper. Il se relève, semble vouloir partir, mais en fait il va se cacher pour ne pas le voir pleurer. Je le suis discrètement. Puis il semble s'être calmé. Je le prend dans mes bras et il se remet à pleurer beaucoup. La secrétaire nous entend, commence à lui parler puis me demande gentiment de quitter car elle souhaite lui parler.

Je reviens dehors, un peu étonné de sa réaction et surtout désemparé de ne pas pouvoir le rassurer. Je demande à Oxanna d'aller voir ce qui se passe car j'aimerais bien comprendre le fond de l'histoire. Entre deux, les filles ont mangé le pain aux bananes qu'elles ont littéralement dévoré. Elles m'indiquent que c'était délicieux. Soudain, Oxanna revient avec Oleg qui avait encore ses yeux rouges. Il semble se calmer et s'assoie entre moi et Maman. On lui fait des câlins et ça semble le rassurer. Il dévore à son tour le pain aux bananes, une banane puis cale sa bouteille d'eau. Oxanna nous confirme qu'Oleg et Macha souhaitaient passer du temps avec Papa et Maman plutôt que de faire une répétition pour un spectacle dont ils se foutent éperdument. En plus la répétition a duré plus longtemps car des amis (des stupides pour reprendre les termes d'Oleg) ne suivaient rien et étaient distraits. Selon lui, c'est une pure perte de temps... Voilà la simple origine de sa frustration.

Peu de temps après, il demande à ce qu'on donne l'ordinateur à Liza (surprenant !) et le iPad à Macha. Tout allait bien, les enfants semblaient s'être calmés. Mais non, pas du tout. Macha décide de donner le iPad à Oleg qui décide de prendre des photos de moi. Liza ayant horreur d'être photographiée commence à péter sa coche. Immédiatement je range tout et décide de remettre les esprits à leur place. Mais je peux vous dire que le ton est monté à quelques reprises et que Papa a clairement indiqué que leur comportement était inadmissible. On se lève pour partir, 18h approche. Oleg se plaint ensuite d'un mal de ventre (serait-ce son anxiété qui ressort ?), Macha se fait chasser par Liza qui la jalouse pour un détail. Génial ! Une après-midi yoyo qui n'avait aucune allure à la fin. On les remonte dans leur groupe. La nounou parle avec Oxanna qui lui confirme qu'il va falloir être plus sévère avec eux car ils ont tendance à vite se laisser aller. Bref, nous repartons épuisés de notre après-midi disciplinaire avec des enfants qui étaient très instables. On va dire que c'est beaucoup d'événements qui se bousculent dans leur petite tête et que la situation est probablement difficile à gérer. La suite demain ! 

Une belle journée d'été

Quelle belle journée d'été ! Le soleil, un petit vent doux, une température méditerranéenne. Nous avions rendez-vous à 11h avec Oxanna pour aller chercher le colis que mes parents ont envoyé. Toute une aventure ! Nous devons aller au bureau central, monter au 3e étage, nous diriger dans un grand corridor noir et rencontrer le comptoir de ramassage des colis. Nous avions des papiers à signer et des frais à payer. On nous recommande d'aller en payer une portion au rez-de-chaussée (frais de douanes) puis de remonter pour payer une autre partie (frais de gestion). Nous descendons et nous attendons devant une caisse. Oxanna trouve le temps long et décide de demander à la femme devant nous d'aller à une autre caisse car notre cas est plus urgent ! Ça prend du front pour demander une telle chose ! Et bien, sachez que ça a fonctionné ! Nous devons quitter pour revenir vers 14h45 avant d'aller à l'orphelinat car il semble que le colis soit lourd. Nous revenons, nous remontons au 3e étage, nous revoyons le même préposé qui nous dirige vers le rez-de-chaussée et qui nous fait sortir dehors !! On arrive devant un gros conteneur en acier blindé sous un soleil de plomb. Les colis sont stockés dans ça ! Imaginez le chocolat que mes parents nous ont envoyé... On prend le colis et on part en arrière du bâtiment, dans une petite ruelle. Impressionnant !

Nous arrivons ensuite à l'orphelinat. Liza était dans sa petite chambre sombre. On nous dit qu'elle va bien mieux et qu'elle pourrait probablement sortir demain soir. Elle prenait sa mini-collation (une tasse de thé avec 2-3 biscuits secs). Elle avait le dos voûté et semblait un peu triste (il y a de quoi !). Elle se retourne puis nous aperçoit. Le sourire vient d'envahir son visage. Elle se lève tranquillement et prend une grande feuille blanche qui était posée sur son lit. Elle tient la feuille contre elle avec un sourire timide et les yeux à terre. Elle nous dit que c'est pas un beau travail, donc elle hésite à nous le donner. Nous lui confirmons que si c'est fait avec amour, c'est toujours beau. Elle nous le montre. Il s'agit de collages de photos. Ça nous représente avec les enfants. C'était bien découpé et très propre ! Puis on lui présente ses nouvelles sandales. Je lui mets tel un soulier à une princesse. Vite, on doit aller rejoindre les jumeaux en haut. 

En arrivant, Macha prenait une douche et Oleg était à son cours d'éducation physique. On a dû attendre quelques instants. Liza se met sur mes genoux et est très câline. Je la regarde et je lui dis avec toute ma sincérité qu'elle a de superbes yeux. Ils étaient rayonnants, brillants, d'une superbe couleur bleue-vert. Elle en était gênée. Elle a beaucoup de difficultés à prendre les compliments. On va travailler ça... Les enfants arrivent et après nos accolades et câlins habituels, on leur donne leurs nouvelles sandales. Oleg avait un beau sourire qui disait tout. Macha était inquiète de les salir avant de partir au Canada. Tous les enfants sont désormais mieux équipés. Nous descendons dans la classe car les jumeaux doivent procéder à leur répétition de dimanche. En accompagnant les jumeaux à leur local de répétition, j'ai vu Oleg courir vers sa nounou Lilia afin de lui montrer ses nouveaux souliers. Lilia commence à se détacher de lui et lui tourne le dos. C'est sa façon à elle se couper les liens pour ne pas que ça lui fasse trop mal mardi prochain... Puis Oleg va s'assoir et décide de montrer ses nouveaux souliers à ses amis, avec le gros sourire en prime. Il n'est donc pas démonstratif devant nous, mais il l'est certainement devant les autres... 

Nous sommes donc seuls avec Liza. Maman joue avec elle sur le iPad. Moi, je m'occupe de créer un petit jeu très drôle pour apprendre notre alphabet. Je découpe des carrés jaunes et bleus pour l'alphabet ukrainien (ce sera pour nous) et des carrés rouges et blancs pour l'alphabet français (pour les enfants). Je finis à peine quand les enfants reviennent nous rejoindre. Oleg les a vu et tout de suite, il s'est mis à pratiquer son alphabet sans qu'on lui demande. Wow !! Puis, il nous met au défi et nous montre son alphabet. Papa a eu 80% et il était super fier voire étonné. J'ai marqué des points !

On décide ensuite de sortir dehors, de s'amuser, de se coller, etc... C'était très agréable. Quand j'étais avec les jumeaux sur la balançoire et que je m'amusais à les chatouiller, Liza était avec Maman. Puis, Mélissa est partie la tête dans les nuages pendant quelques secondes. Liza demande ce qu'elle a. Mélissa répondit que tout va bien. Liza reprend en précisant si elle a été blessée par quelque chose qu'elle lui a dit. Mélissa regarde Liza en disant que non et qu'elle n'a rien à se reprocher. Notre Liza est donc très sensible et observatrice. Ce qui est plutôt bon signe. La journée se termine bientôt. Notre chauffeur est de retour. Les enfants courent le rejoindre. Encore une fois, ils s'amusent dans l'auto. Cette fois-ci, nous leur disons que nous restons dormir ici et qu'ils peuvent partir. C'était très amusant car ils prenaient leur rôle au sérieux. Ils nous raccompagnent vers l'infirmerie. Les câlins sont toujours aussi ressentis et longs. On en veut toujours et encore. Liza reste sur le perron. On s'en va... en se retournant, elle était encore présente et nous envoyait la main avec de gros bisous. C'était hyper touchant de sa part... Quelle belle journée d'été avec des petits coeurs à nos côtés !

La voiture supplante le iPad

Encore une autre chaude journée qui s'annonce avec 31°C et un soleil de plomb. Nous sommes restés travailler chez nous toute la matinée. Nous avions pas mal de projets à boucler et de suivis à faire. Une bonne chose de faite ! Nous partons vers l'orphelinat vers 15h. Le soleil commence à disparaitre sous d'épais nuages annonciateurs d'orages. 

En arrivant, nous étions impatients de voir comment se sentait notre petite Liza. L'infirmière demande à voir notre traductrice... Bon, qu'est-ce qu'il y a encore ?... Oxanna sort en nous disant que Liza restera à l'infirmerie pour encore 2 jours max. Elle semble reprendre du poil de la bête. Par contre, elle nous a demandé de ne pas lui donner de gomme car elle n'y a pas le droit non plus. Cela pourrait lui faire remonter sa fièvre. Avez-vous bien entendu ? En tout cas, nous continuons notre chemin pour aller rencontrer les jumeaux. Quelle farce cette infirmerie ! 

En arrivant à l'étage, Mélissa aperçoit les nounous en train de préparer quelques bricolages en forme de fleurs et de paniers. Ils étaient faits de serviettes en papier et de cartons épais. C'était de toute beauté. Puis les enfants sont venus nous rejoindre, y compris Liza. Ils étaient si heureux de nous revoir. Macha avait pris du temps à nous rejoindre. Oleg a fait exprès de se faire prendre dans mes bras pendant le plus longtemps possible pour montrer à ses amis et aux nounous que ses parents sont là... Il avait un sourire fier. Par contre, j'ai remarqué que Lilia était partie dans la salle d'à côté car ça lui a fait quelque chose de nous voir ainsi. Je le comprends... La nounou a insisté pour que les enfants prennent leur collation avant de partir avec nous : chocolat chaud et biscuits secs. Soudain, Macha se met à pleurer et à se confier à Oxanna... Que se passe-t-il ? En 5 semaines, nous n'avons jamais vu notre petite cocotte pleurer ! On apprend que Macha a changé de groupe car plusieurs amis sont partis à la plage pour une semaine. Ainsi, pour uniformiser le nombre d'enfants par groupe, elle a été déplacée. De ce fait, il lui arrive de passer des journées sans voir son frère. Oh que cela semble la travailler !! Nous la consolons et essayons de la faire sourire.... Ça semble fonctionner.

Nous descendons et partons jouer au football (soccer) dehors. Malheureusement, notre chauffeur était encore présent et les enfants se sont rués vers lui et son automobile. Papa avait le coeur gros car j'ai senti que nous n'étions plus le centre de leur attention. Bien entendu cela est normal qu'à 10 ans ils puissent s'amuser sans nous. Mais dans un contexte d'adoption, ça vous bouscule les émotions. Bref, j'ai avalé ma pilule en me disant qu'ils jouaient à un jeu de rôle et qu'ils avaient beaucoup de plaisir. Ils m'accrochent au passage et me demandent de m'installer à l'arrière de l'auto. Mélissa a eu le droit au même traitement. Aujourd'hui, notre chauffeur a montré le GPS aux enfants. Je peux vous garantir que c'était l'objet de prédilection de la journée. Bye bye le iPad, bonjour la voiture ! Je vous avoue que j'ai hâte de voir les enfants entrer chez nous et s'amuser avec les voitures. Ce sera assez intense car notre Ford est un peu plus équipée que la Daewoo de notre chauffeur. Sauf qu'à leur âge, une auto, c'est une auto.

On doit rentrer car les enfants ont une répétition avec leur groupe en vue du spectacle du 1er juin. Les enfants ne veulent pas y aller, car ils n'y voient aucun intérêt. Ils s'en fichent pour dire le mot... En les laissant à leur répétition, nous décidons d'aller saluer Marina, la directrice de l'orphelinat. Elle est toujours aussi agréable avec nous. Nous en avons profité pour montrer des photos de notre maison. Nous lui avions promis de le faire. Elle était bien heureuse de voir que les enfants auront un beau "chez soi". Puis, elle nous fait une petite demande. Notre portefeuille commençait à avoir des sueurs froides. Il semble que les enfants ont un compte bancaire dans lequel l'orphelinat verse 10 UAH (monnaie locale = 1$) par mois jusqu'à leur sortie de l'orphelinat (max 18 ans). L'orphelinat n'a pas versé cet argent pour nos enfants depuis 1 an. Cet argent a été utilisé pour d'autres fins et subvenir aux besoins de base de l'orphelinat. Ainsi, elle nous demande si nous pourrions verser cet argent qui servira à 3 enfants qui partiront de l'orphelinat à leurs 18 ans. Vu la faible somme demandée, nous acceptons. Pour ceux qui souhaitent faire un don, la directrice nous explique que vous pouvez le faire en passant par nous : vêtements usagés, chaussures usagées, argent, etc... Elle nous confirme aussi que les enfants n'arrêtent pas de dire à tout le monde qu'ils s'en vont au Canada, qu'ils aiment beaucoup Papa et Maman. Ça nous a fait chaud au coeur. 

Les enfants reviennent en trombe. Ils veulent repartir dehors (??!!). Oui oui, dehors ! Ils nous aident à prendre nos sacs et se dirigent immédiatement vers l'automobile de notre chauffeur encore... On les laisse s'amuser. Pendant ce temps, nous sommes avec Liza et le iPad. Mais en tant que photographe officielle de notre couple, elle utilise les outils de photographie de notre iPad. Elle s'éclate et rigole à s'époumoner. Les jumeaux reviennent à notre table. Nous sortons la collation. Bien entendu, Liza ne pouvait manger sur ordre de la super infirmière. Vous imaginez la réaction de notre Liza : pourquoi eux et pas moi, j'ai faim, c'est pas juste... Nous lui expliquons que nous avons eu des directives claires, mais rien n'y fait. Elle s'isole un peu. Mélissa et Oxanna vont la voir et lui donnent plus d'explications. Elle décide de revenir à notre table et nous lance "je ne suis pas une belle fille"... Oh la la... Nous la regardons droit dans les yeux en lui avouant qu'au contraire elle est magnifique et que jamais nous n'avons douté de sa beauté. Elle sourit et semble soulagée. C'est un peu sa façon à elle de nous demander "m'aimez-vous ?". Le temps est orageux, mais on finit nos derniers 15 minutes à jouer au iPad et à l'ordinateur. Le calme est revenu.

On rentre pour raccompagner les enfants. Liza m'a accroché au passage pour me dire qu'elle m'aimait. C'est toujours touchant venant d'elle particulièrement. En entrant dans le bâtiment, Oleg s'arrête et demande à Oxanna : "quand est-ce que nous partons pour le Canada ?'. Encore !!! On lui dit qu'on viendra les chercher mardi et que par la suite on aura quelques papiers à faire. Macha bougonne aussi car elle ne souhaite pas aller à l'école. Il semble que les enfants termineront leur école ce vendredi soir. Bref, on sent une vive impatience et l'envie de quitter le plus rapidement possible. Ça me démontre que malgré le petit pincement au coeur qui m'a fait douter de leur attachement à nous ce matin, les enfants sont très conscients d'où ils s'en vont, de qui nous sommes et de ce que nous représentons. Ils sont très à l'aise. J'en ai profité pour leur demander si nous pourrions commencer un jeu demain. Ce jeu consiste à faire un jeu de mémoire en deux parties : l'alphabet ukrainien pour que Papa et Maman puisse l'apprendre avec eux... et l'alphabet français pour que les enfants puissent apprendre les sons et la forme des lettres. Chaque bonne réponse donnera droit à une surprise. Les enfants ont immédiatement répondus que oui, ils ont hâte de jouer à tout cela. Nous vous en donnerons des nouvelles...

Répétition pour un départ

Aujourd'hui, c'est jour d'élections présidentielles en Ukraine. À Kherson, tout comme à Kiev et à Odessa, les électeurs sont appelées à élire également leur maire. Ici, comme dans la majorité des villes d'Ukraine, tout se déroule à merveille. Nous savons que les médias diffusent beaucoup d'informations et d'images sur les régions de Donetsk et Louhansk où des voyous s'en prennent à cet exercice démocratique. Ces informations sont vraies, mais nous font perdre de vue que la vie continue en Ukraine où l'on vit tout à fait normalement. À Kherson, le temps était magnifique avec 30°C et un soleil superbe. Les gens se promènent tranquillement, nous sommes allés nous promener ce matin et aucun signe nous faisait penser que c'était un jour d'élections. 

Donc, ce matin nous avons fait un gros ménage de notre appartement : aspirateur, lavage des planchers et de toutes les pièces. Dans 9 jours, nous récupérons les enfants et nous souhaitons que tout soit fin prêt. Nous sommes ensuite allés au marché pour nous ravitailler en fruits et légumes frais. Les cerises sont enfin arrivées (1 kg = 2$) et les fraises sont à leur meilleur (1 kg = 1,60$). Les tomates, les concombres, les échalotes et les poivrons commencent aussi à être de très bonne qualité. On s'est fait la remarque que dès notre retour au Québec, ce sera le début de la saison des fraises. Les enfants seront chanceux de pouvoir en profiter plus longtemps cette année ! Nous rentrons tranquillement sous un soleil de plomb, mais le vent amène juste la fraîcheur requise. Parfait !

Nous quittons vers 14h30. Nous avons hâte de savoir comment va notre petite Liza. En arrivant, nous croisons l'infirmière qui nous avait refusé de manger de la crème glacée il y a quelques jours. Elle nous met sous le nez comme quoi Liza est malade à cause de la crème glacée et que nous aurions dû suivre son conseil et celui de la femme médecin. C'est pour cela qu'ils nous ont fait payé les médicaments d'hier. Heureusement que je ne parle par sa langue, car je pense que j'aurais eu quelques répliques pour elle. Mon premier conseil aurait aussi été d'aller passer à nouveau son cours d'infirmière. Mais enfin, nous ne sommes pas en position d'autorité, donc on a rongé nos freins. Autre chose intéressante : les enfants ne doivent pas manger les graines de tournesol grillées entières car cela peut leur stimuler une appendicite. Non mais voyons donc ! Par-dessus le marché, les enfants croient toutes ces idioties ! Bref, nous voyons Liza quelques secondes. Elle dormait, mais nous a souri un peu. On nous dit qu'elle va mieux (pas de vomissements et une température qui a chuté). Ouf ! 

On se dirige en haut pour aller chercher nos autres petits loulous. Macha nous dit qu'elle a pris une douche et qu'elle n'a pas dormi puisqu'elle savait qu'on allait venir. C'est trop mignon et touchant. Oleg nous rejoint avec son sourire et sa bonne humeur. On les aime comme ça nos enfants ! On court pour aller dehors. Nous sortons le ballon de soccer (football) et nous commençons à jouer comme de vrais pros. Oxanna compte le temps des périodes. Oleg, notre chauffeur, vient nous rejoindre. C'était très amusant et heureusement que nous avons apporté des bouteilles d'eau pour les enfants. Ils transpiraient à grosses gouttes.

Puis, notre Oleg aperçoit la voiture de notre chauffeur. Soudainement il était encore fasciné par cette voiture. Il pose plein de questions, touche l'auto et la regarde avec une rare fascination. On va le rejoindre et il décide (avec Macha) de monter en avant. Les yeux disaient tout. Les mains étaient baladeuses et les enfants étaient en mode découverte : le pare-soleil, les essuie-glaces, la radio, etc... Nous avons pris plusieurs vidéos (que nous vous invitons à regarder) des enfants. Ils ont souhaité rentrer au Canada immédiatement : nous étions clairement en mode "répétition" avant le jour J qui arrive à grands pas. Le mot "Kanada" est revenu à quelques reprises dans leurs phrases. Soudainement nous avons entendu Maman revenir d'une autre section du parc en criant à la mort : elle se faisait poursuivre par une meute de chiens. Ils étaient probablement 7-8 et aboyaient après elle en la coursant. Je n'ai même pas eu le temps de rien faire et par chance qu'ils se sont arrêtés. Je connais des mollets qui ont eu très peur !!

Par la suite, nous avons pris notre collation : cerises, fraises, biscuits et beaucoup d'eau. On a par la suite donné à manger aux pigeons et oiseaux. On se rapproche dans une autre section du parc. Les enfants ont encore souhaité jouer aux bulles de savon, à la balle au prisonnier et rapidement nous avons souhaité rentrer au frais pour la dernière heure. Nous avons rejoint la salle de classe où nous allons habituellement. Nous faisons une autre chasse au trésor et les enfants sont sortis pendant que nous cachions le iPad. Cette activité (la chasse au trésor) est gagnante ! Les enfants s'installent confortablement et au calme. Ils jouent avec respect. Je crois qu'ils commencent à bien avoir compris la notion du temps de jeu. Je demande à Oxanna si nous pouvons aller voir Liza, mais tout compte fait, elle est allée la chercher et nous avons eu le droit de jouer avec elle. Elle s'est collée à nous très fort et elle a adoré nous revoir tous ensemble. Oleg a joué aux Légos, Macha faisait du coloriage et je jouais avec Liza au iPad. C'est à ce moment que nous avons demandé aux enfants s'ils avaient des questions pour nous en préparation. Les voici :

  • Combien d'heures de vol avons-nous à faire ? (Oleg) Réponse : 3h30 pour aller à Londres + 2h d'attente + 6h30 pour rejoindre Montréal
  • À quoi ressemblent les chambres dans lesquelles nous allons dormir ? (Macha) Réponse : nous leur disons que leur chambre sera décorée par eux dès notre retour. En attendant ils dormiront ensemble ou bien avec Papa ou Maman. Nous avons convenu de la dernière proposition et que nous ferons un tirage au sort tous les soirs pour savoir qui dormira avec qui.
  • Avez-vous un aquarium ? (Macha) Réponse : oui et c'est vous qui allez le remplir et le décorer cet été.
  • Combien de temps nous allons rester en Ukraine avant de partir pour le Canada ? (Oleg) Réponse : nous resterons quelques semaines en Ukraine. Nous n'avons pas donné de réponses précises car plusieurs éléments peuvent influencer ce délai. D'ailleurs lorsque nous avons coché le calendrier, Oleg a rayé en rouge tous les jours du mois de mai jusqu'à aujourd'hui. Il a hâte, je crois qu'on a bien compris.
  • Allez-vous rester dormir cette semaine à l'orphelinat ? (Oleg) Réponse : non pas vraiment. Les enfants auraient bien aimé, mais vu l'infirmière qu'ils ont, nous passerons notre tour...
  • Liza n'a pas eu de question pour nous.

Demain, nous espérons que le temps sera propice pour continuer nos jeux durant la dernière semaine. Ce sera une longue semaine, car les enfants (tout comme nous) sont vraiment au bout. Dans une semaine, nous célèbrerons le départ des enfants. Nous finaliserons donc tous les préparatifs cette semaine. Beaucoup d'émotions en vue...

J - 10

Ce matin, nous avons pris le temps d'aller magasiner un petit peu avant d'avoir les enfants et de revenir sur Kiev. Nous sommes allés à Fabrika qui est le centre commercial immense où nous sommes allés avec les enfants pour voir un film au cinéma. Pensant qu'il y aurait beaucoup de monde en ce samedi matin, nous avons été surpris d'être pas mal au calme. Nous avons acheté quelques chaussures pour les enfants (la période des soldes est en vigueur !!), mais nous avons aussi magasiné des sacs et valises, avons acheté quelques bonbons pour nos enfants, avons acheté quelques jeux d'extérieurs, puis nous avons acheté quelques petits cadeaux pour notre fête de départ avec les enfants du groupe de nos enfants (environ 20 enfants). Nous avons opté pour des tubes de bulles à savon et pour des oeufs Kinder (c'était le souhait de nos enfants pour leurs amis). Voilà que tout cela est prêt !

Aujourd'hui, nous sommes à J-10 : nous irons chercher les enfants le 3 juin et cela approche à grands pas. Nous décidons de quitter vers 14h pour l'orphelinat. Tout le monde est dans l'auto. Le temps est super lourd et incertain. On a apporté nos jeux d'extérieurs sachant que le temps le permet. En arrivant, on passe comme d'habitude par l'infirmerie. L'infirmière nous mentionne que Liza a encore vomi cette nuit et qu'elle fait une forte température avec 39,7°C. Ça sent l'infection virale à plein nez ! En effet, 2 autres amis sont aussi présentes pour les mêmes raisons. On l'entrevoit rapidement (nous avons eu ordre de ne pas l'approcher pour ne pas contaminer son frère et sa soeur). Elle nous aperçoit, lève péniblement la tête et nous fait un petit sourire avant de se rendormir. Pauvre petite cocotte... 

Nous montons pour chercher Oleg et Macha. Nous apercevons Anatole, le plus grand gars du groupe qui a 14 ans. Il a une coupe de cheveux très courte... Soudain, Oleg s'enligne vers son vestiaire. Oh mon Dieu ! Est-ce que la tondeuse à mouton aurait fait des ravages dans l'orphelinat ? Et bien oui. Notre petit bonhomme arrive avec le coco presque rasé et un petit toupet en avant. C'est un style plutôt des années 80. Je vous assure que nous ne suivrons pas cette mode dès notre retour ! Macha s'en vient par la suite. Ils sont excités à l'idée d'aller jouer dehors. Nous descendons les marches à vive allure. Dehors, le temps est encore plus lourd, les nuages sont de plus en plus présents et le tonnerre se fait entendre. Nous avons à peine eu le temps de jouer aux bulles (oui, oui... encore...). Oleg s'empresse de plier bagage quand le tonnerre s'est fait plus menaçant. Je le suis, les filles sont arrivées 5 minutes plus tard. Il les regardait depuis l'intérieur, inquiet qu'elles se fassent foudroyer. Il me regarde en me disant qu'elles étaient folles, avec un air très sérieux. 

Les filles arrivent, et nous nous regardons avec Mélissa afin de savoir ce que nous allons bien pouvoir faire. Certes, on nous a demandé le iPad... mais nous avons refusé. Je demande à Oleg s'il y a juste ça dans la vie. Il me répond avec ironie en me disant qu'il est jeune et que c'est de son temps. Mouais, je faisais le décompte et j'ai eu mon premier Commodore 64 à l'âge de 11 ans... Je le comprenais très bien. On décide alors de faire un jeu chaud-froid qui se veut une petite chasse aux produits cachés. On fait sortir les enfants et on dissimule leur collation avec un paquet de bonbons que nous avions achetés en matinée. Ils étaient fous de faire leur petite recherche. Ils se sont régalés et ont quasiment mangé tout le sac. Hourra le taux de sucre et l'adrénaline ! Puis, Mélissa sort les cartes qui ont été bricolées par les enfants. Ce sont des cartes d'adieu. On demande aux enfants d'écrire un mot à des personnes de leur choix. Macha demande l'aide d'Oxanna et décide d'écrire un petit mot du style "Merci pour tout. Je vous aime.". Par la suite, elle reproduit le même mot sur toutes les cartes. C'est Macha : la loi du moindre effort et le chemin le plus court pour arriver à ses fins. Quant à Oleg, il s'installe puis pense quelques  instants. Il se met à écrire de longues phrases avec un air sérieux avant de signer "De la part d'Oleg". Nous demandons immédiatement à Oxanna de traduire la première carte qu'il adresse à Lilia, sa première nounou qu'il a tant aimé. Voici son message : "Merci Lilia pour tout ce que tu as fait pour moi, pour l'amour que tu m'as apporté, pour les bons moments passés ensemble. Je te remercie et prends soin de toi en espérant que la guerre ne fasse pas partie de ta vie.". Est-ce que je peux vous dire que nous avions les yeux au bord des larmes ? Cet enfant est d'une sensibilité et d'un pragmatisme déconcertant. Mélissa s'est ensuite amusée à jouer aux chatouilles avec Oleg. Il adore et cela lui permet aussi de se rapprocher de Maman. Oleg n'a de yeux que pour Papa, mais nous souhaitons absolument que l'attachement soit dans les deux sens. Ça s'améliore de jour en jour et c'est superbe à voir ! Les filles sont autant attachées à Papa qu'à Maman.

Il est 16h. Nous décidons de finir la journée avec le iPad. Pour se faire, on fait sortir les enfants à nouveau. Nous cachons le iPad parmi les livres de la bibliothèque. C'était très drôle de les voir aller. Les enfants adore jouer à ce jeu. Le iPad est trouvé et c'est tout le monde qui joue aux jeux d'énigmes. Les enfants sont très cérébraux avec un tel jeu. Ils jouent calmement et nous commençons au bout de 40 min à ranger nos effets. Les enfants rangent aussi le iPad tranquillement. Ils prennent chacun un sac et sont prêts à nous suivre. Avant de quitter, je tape un clin d'oeil à notre traductrice. Puisque les enfants sont de bonne humeur et que leur énergie est agréable, j'ai décidé de leur jouer un petit tour juste par curiosité. Je leur annonce que demain nous ne pourrons pas venir (cela fait depuis le 24 avril que nous venons TOUS les jours). Macha me répète "oui, venez s'il vous plait". Oleg me dévisage avec un regard qui aurait pu me tuer. Il se lève, et va penser proche de la bibliothèque. Il se retourne et me dit "Est-ce que je peux venir avec vous ce soir ?". Et je stoppe mon "jeu / test" en lui disant que c'était une blague. Il me regarde en souriant et son attitude en disait long (du genre "maudit !!!"). Nous retournons à l'entrée et nous arrêtons à l'infirmerie. Liza et ses amis malades étaient assises dans le bureau de l'infirmière qui regardait la télévision. Elle était bouillante. Elle s'est levée pour nous serrer dans ses bras. Elle avait un air pitoyable. L'infirmière nous demande si nous pouvons acheter des médicaments car les stocks sont un peu bas. Bien sûr que nous acceptons. Nous montons dans l'auto, allons dans la pharmacie du coin. On devait acheter du Nurofen pour enfants (sirop). Mais quelle ne fût pas notre surprise en voyant Oxanna ressortir avec 2 autres médicaments : un contre les nausées et un antibiotique puissant. Je vous rappelle que l'on a aucune prescription ! Tout cela pour 19$... Je demande à Oxanna de stipuler que le chloramphénicol (500 mg) n'est pas terrible chez des enfants. Faudrait plutôt opter pour une médication plus adaptée... Bref, on repasse à l'orphelinat donner les médicaments et nous laissons notre petite sur son petit banc avec ses amis, la mine basse. Nous espérons que demain tout cela ira mieux... 

PS : Macha nous a redonné notre clé USB que nous avions laissée aux nounous afin qu'elles nous transmettent des photos de nos enfants. Cliquez ici pour voir quelques photos.

Petit après-midi en famille

Ce matin, nous avons commencé à rassembler nos affaires, à finir de laver le linge des enfants et à nous ramasser. C'est fou ce qu'on peu accumuler en un mois ! Demain, nous ferons un ménage en profondeur de l'appartement, histoire de nous sentir encore plus proche de la date fatidique. Pour ceux qui nous posent la question sur le processus à venir ainsi que notre date de retour, voici quelques éclaircissements. Nous sommes passés à la cour le 21 mai. Le début du décompte du jugement est le lendemain. Il faut compter 10 jours avant que le jugement soit exécutoire. Le 10e jour ne doit pas être une fin de semaine ou un jour férié. Puisque la cour n'opère pas les fins de semaine et le lundi, nous irons chercher les enfants le 3 juin. La veille, le 2 juin, nous ferons une fête de départ avec nos enfants, leur groupe d'amis et le personnel de l'orphelinat qui s'est occupé d'eux. Une fois que nous aurons les enfants, nous devrons aller refaire leur certificat de naissance dans leur ville d'origine située à quelques minutes de Kherson. Ce processus n'est pas très long et peut même se faire en une seule journée. En parallèle, on entamera la demande de passeports pour les enfants. La demande se fait ici, mais nous irons les récupérer à Kiev pour gagner du temps. De ce fait, nous devrions quitter la région de Kherson en train vers le 4 juin pour arriver à Kiev le 5 juin. À Kiev, nous devrons entamer les procédures de citoyenneté avec l'ambassade du Canada. En parallèle, nous devrons aller récupérer les 3 passeports. Cette étape peut prendre jusqu'à 10 jours max. C'est une fois que tous ces papiers seront dans nos mains que nous pourrons acheter les billets d'avion des enfants. Nous espérons tellement être à la maison pour la fête des pères...

Cet après-midi, nous sommes allés les rencontrer toujours vers 15h. Nous voyons Oleg à l'infirmerie et qui voyons-nous en arrière ? Liza...!!! Elle semblait malade, la pauvre cocotte. On parle à la "femme médecin" et nous dit qu'elle a vomi, mais qu'elle n'a pas de température. On en doutait tellement ses yeux étaient vitreux et son visage rouge. On prend notre poignet qu'on applique sur son front. Il était bouillant. Nous demandons une nouvelle prise de température et elle fait 37,7°C pour ne pas dire 38°C. Ils prennent la température sous le bras ici. Elle décide de lui prescrire du paracétamol (acétaminophène) pour la soulager de cette fièvre. On la laisse se reposer en lui promettant de repasser plus tard. Les jumeaux nous embrassent très fort, prennent nos sacs (nous avons d'excellents porteurs). On part dans la petite classe. En premier, les enfants nous demandent l'ordinateur. Wow ! On va laisser un peu l'excitation informatique se calmer s'il vous plait ! Nous prenons le contrôle en leur expliquant qu'on a d'autres activités à faire. Oleg a sorti le jeu "Trouble" et nous avons eu beaucoup de plaisir à jouer ensemble. Les nombres commencent à être bien maîtrisés, nous étions impressionnés. Nous décidons ensuite de leur poser quelques questions sur divers sujets : l'organisation de la fête de départ, les cadeaux pour les personnes qui leur tiennent à coeur, les souvenirs qu'ils aimeraient ramener au Canada, etc... Les réponses étaient intéressantes. 

Quels aliments souhaitez-vous que nous apportions ? Pizza (sans champignon), crème glacée (vanille, chocolat, noix ou fraises), jus (variés), fruits (bananes, fraises, pommes, ananas) avec coulis de chocolat (genre fondue) !

Que souhaitez-vous remettre à vos amis lors de cette fête ? Un tube de bulles à savon, un oeuf Kinder et des bonbons.

Qu'aimeriez-vous ramener comme souvenir de l'Ukraine au Canada ? Une voiture télécommandée (Macha) et un album de papier à gratter sur fond noir (Oleg) !!! Oh, oh... Je crois que la traduction a manqué des éléments dans ma question... 

Par la suite, nous entamons notre collation. Mais Papa a fait un léger oubli : les yogourts sont restés au frigo... Ils n'avaient qu'une banane et de l'eau. Wow, quelle collation originale. Nous rigolons tous de cette situation et Oleg s'exclame "Merci Papa !" en léchant sa cuillère qui aurait du servir à manger son yogourt... Très drôle !  Enfin, vient le temps de sortir l'ordinateur. Les jumeaux adorent jouer à des jeux d'objets cachés. Celui que j'ai peut être réglé en russe ou en français. Hier, je l'avais mis en français et Oleg m'a épaté. Aujourd'hui c'est Mélissa qui a joué avec eux en russe. C'est très amusant. Entre deux, Oleg nous pose une question qui sort de nulle part : "Comment dit-on Dieu en français ?". Bien oui, mais encore mon grand ?

Je me faufile avec Oxanna afin d'aller rencontre notre petite Liza. Je décide de lui apporter le iPad car ces petits objets ont souvent tendance à faire oublier nos maladies. En effet, son sourire en disait long. J'en ai profité pour lui poser les mêmes questions qu'aux jumeaux. Elle n'a fait qu'acquiescer son frère et sa soeur. Elle avait quand même les yeux fatigués. Nous retournons voir les jumeaux et Mélissa. Tout semblait bien calme. J'ai demandé à ce que les deux s'échangent le contrôle de l'ordinateur. Ça commençait à ronchonner. Ma réaction n'a pas été trop longue. Je leur mentionne que le fait de jouer à deux sur un portable est un grand privilège que très peu d'amis peuvent se permettre au sein de l'orphelinat. S'ils continuent à ronchonner, je ferme l'ordinateur et on passe à un autre appel. Étrangement, ils se sont ravisés et les deux ont repris leur place. Mélissa était collée à Oleg qui n'avait de cesse que de la caresser, la toucher, la frôler. Il se sent vraiment en sécurité avec nous. 

La fin de la journée approche. Les enfants nous aident à remballer nos effets dans les sacs. Macha me saute au cou, Oleg saut au cou de sa maman. Avant de sortir, on leur montre la station météo pour les enfants de cette classe. Nous réglons le tout à "Hiver", "Décembre" et "Neige"... Oleg nous demande si c'est le temps qu'il fait au Canada. Nous lui faisons signe que oui. Il lève les épaules et se fait à l'idée sans rien dire. Puis on lui dit que c'est une blague et que le temps est identique qu'à celui en Ukraine. Il se frotte le front avec son bras et pousse un gros soupir de soulagement. Par contre, nous les informons que le vol est d'une durée de 3h30 + 6h30... Il a ouvert grand ses yeux et n'en revenait pas. Mais ça n'a pas altérer sa motivation d'un poil. On va finalement dire au revoir à Liza. Elle faisait une mine triste et semblait vraiment épuisée. On lui a fait de gros câlins pour la réconforter. La bonne nouvelle, c'est qu'Oleg quitte l'infirmerie ce soir. Ouf ! Sa petite bosse dans le cou commence à se résorber. C'est probablement ses ganglions qui ont réagit suite à son infection de la gorge. Tout est maintenant sous contrôle. Demain, ce sera une journée plein air. Les enfants sont toujours aussi attachants et adorables... Désolé, nous n'avons pas pris de photos aujourd'hui. C'était très tranquille et notre photographe officielle avait pris une journée de maladie... :)

Le jour d'après

Nous devons vous avouer que la journée d'hier avait bien commencé, mais qu'elle s'est terminée d'une drôle de façon. En revenant à l'orphelinat hier après-midi, Oleg était toujours à l'infirmerie. Pas de douleurs à la gorge, pas de fièvre, pas de fatigue. Il nous demande d'aller rejoindre les filles dehors. Lorsqu'il est fin prêt, on l'aperçoit un peu de mauvais poil. Il se plaint de tout, se demande pourquoi ceci, pourquoi cela, et finit par aller s'isoler dans un coin du parc. Drôle de réaction ! Il se met à pleurer, Oxanna essaie de le consoler, avec l'aide des filles... Mais rien n'y fait. Tout est négatif, rien ne fonctionne et il semble avoir les idées et les émotions à l'envers. Nous étions chamboulés par son attitude. Nous décidons de quitter plus tôt car ce n'était pas du tout le bon jour pour lui. En le raccompagnant, il nous demande de le prendre sur nous. Il nous dit en murmurant "Est-ce que vous m'aimez quand même ?"... Les parents étaient déchirés et ennuyés par sa réaction. On l'a couvert de bisous, on a répété qu'on l'aimait et que nous lui conseillons d'aller se reposer. Durant toute la soirée, Mélissa et moi étions renversés par ce changement soudain d'attitude, lui qui est toujours souriant, avenant, leader... Nous étions persuadé qu'il était enragé de ne pas être allé devant la juge pour lui dire qu'il souhaitait se faire adopter. Il avait tellement cette date à coeur.

Aujourd'hui, nous y retournons. Nous avons pris l'attitude de parents qui n'ont pas eu de mauvaise expérience la veille. En ignorant ce qui s'est passé, nous souhaitions voir si c'était le fruit de sa frustration ou si c'était un problème plus profond. On arrive, il nous aperçoit depuis sa chambre d'infirmerie. Il était souriant et nous collait beaucoup. On monte chercher les filles par la suite. Elles aussi étaient belles, souriantes et souhaitaient se faire prendre par nous. Le bonheur flottait dans l'air. La nounou nous avertit qu'ils auront une répétition vers 16h... Chouette, c'est dans 25 minutes !!! On s'installe dans la petite classe pour prendre notre collation. Tout le monde était souriant et semblait heureux. Les enfants aussi semblaient avoir oublié ce qui s'était passé la veille. Oleg vient naturellement s'asseoir sur moi pour manger sa collation. Il me tient la main fortement. En finissant, il se retourne et se colle sur moi en me caressant le visage, puis finit par se pencher et toucher mes jambes... Quand on parle d'un enfant qui est kinesthésique, en voici une belle preuve. Puis ils quittent vers leur répétition pour environ 40 minutes.

En revenant en trombe, Oleg s'assoit encore une fois sur moi. Nous décidons de sortir la tablette et l'ordinateur pour la dernière heure. Ils ont tous joués en se partageant les appareils, sans crier, sans hurler de jalousie. C'était numéro 1. Oleg, tout en jouant, me cramponnait avec sa main sur mon bras, l'autre sur le clavier. Soudain, pendant que c'était à sa soeur de jouer, il prend mon bras droit et le met autour de sa taille, telle une ceinture de sécurité. Il était aux anges (et Papa aussi !!!). Oxanna était stupéfaite et me confirme qu'Oleg a vécu de l'insécurité lors de son absence à la cour hier. De son côté, Liza est allée avec Maman donner du pain sec aux oiseaux dehors. Liza est de plus en plus colleuse aussi et elle sourit de plus en plus. Son rapprochement vers nous est très flagrant. Son attitude est complètement changée. Quant à Macha, elle est une petite fille très heureuse et patiente. Elle nous suit, nous colle et motive ses frères et soeurs. D'ailleurs, lorsque Oleg s'est plaint de sa répétition, elle lui mentionne "dis, vas-tu te remettre à chialer comme hier ?". Je n'aurais jamais osé le dire, mais Oleg a souri et a confirmé que non avec un beau sourire. 

On a terminé la journée avec le calendrier à cocher. Oleg s'est remis à se crisper un peu et a décidé de cocher toutes les cases du mois de mai. Il s'est exclamé qu'il trouve ça interminable, pénible et ennuyant. Il n'arrête pas de parler du Canada, de sa nouvelle vie, de sa maison, de son départ. Je crois que les enfants sont prêts, mais nous devons nous plier à la cour qui exige 10 jours de délai pour que le jugement soit effectif. Ces enfants sont d'une profondeur inouïe, d'une générosité sans nom et nous rendent encore plus fiers à chaque jour d'être parents. Quel cadeau que la vie nous a fait !!!

C'est le début d'un temps nouveau...

Cette nuit notre sommeil a été très agité. Oui il a fait chaud et humide, mais nous avions les émotions qui étaient toutes mélangées. Les filles vont-elles dire "oui", est-ce qu'on va nous poser des colles, est-ce que le papier attendu sera signé à Kiev, est-ce que des papiers officiels sont manquants ou incomplets, est-ce qu'Oleg va bien... Bref, nous avions un petit hamster dans notre cerveau qui roulait bien vite. Ce matin, nous étions debout à 6h. Pas facile de paraître frais et dispo avec une telle nuit. Mais nous avons confiance, tout ira bien. Nous vérifions notre téléphone et nos courriels : toujours aucune nouvelle du fameux papier de Kiev... Ça sent de le report d'audience à plein nez.

Il est 7h50, nous rejoignons Oxanna et notre chauffeur. Il commence à faire chaud. Nous avons mis nos plus beaux vêtements, du parfum et du cache-cerne (blague !!) pour cacher notre fatigue... Durant tout le chemin vers l'orphelinat, Oxanna enchaine les appels et semble stressée. En arrivant, elle nous demande de payer le taxi pour les 2 employées qui devront se présenter à la cour (psychologue et représentante des nounous). On va chercher les enfants. En arrivant, un ami d'Oleg qui est aussi à l'infirmerie nous aperçoit. Il court vers la chambre d'Oleg et lui dit que Papa et Maman sont arrivés. Il sort en fonçant sur nous et en nous embrassant de partout. Il semble heureux. Il me demande si la promesse d'hier tient toujours : lui donner le iPad pendant que nous serons à la cour. On lui explique que c'est un matériel qui coûte cher et qu'on ne souhaite pas que tous ses amis y touchent. Il comprend bien. Cependant, ça fait parti du processus que de responsabiliser les enfants. Je le regarde dans les yeux et lui mentionne que je lui fais confiance et qu'il aura un rôle responsable très important. Je lui donne nos directives et il acquiesce avec un beau sourire. Je lui donne mon mot de passe et on se tape dans la main, en guise de signature de notre contrat de responsabilité. Les filles arrivent, elles sont magnifiquement habillées, mais semblent vraiment fatiguées, elles aussi. On court vers l'auto pour ne pas être en retard. 

Nous arrivons au tribunal, en plein centre-ville de Kherson. Le temps est magnifique, les filles sont souriantes et se collent à nous. L'atmosphère nous plait beaucoup, on ne sent aucune mauvaise humeur. Nous montons tranquillement au 4e étage. On s'assoit proche de la salle d'audience. On voit beaucoup de jeux d'arrière scène avec des discussions entre personnes. Oxanna est toujours d'un appel téléphonique à un autre. Elle tremble un peu par son stress. Pauvre elle ! On entre dans le bureau de la juge (elle se prénomme Irina) où se trouve également sa greffière. Beaucoup de personnes sont présentes : 2 femmes qui représentent le jury, la procureure générale (Viktoria), la travailleuse sociale de la région pour les adoptions (Olga), la représentant des nounous de l'orphelinat (Olga) et la psychologue de l'orphelinat (Éliana). Les filles se sont assises sur nous, nous serrent nos mains et fait rare, elles ont les mains chaudes. Leur sourire est encore présent sur leur visage. La juge commence par expliquer la raison de cette audience. Elle a un ton très calme et semble très pointilleuse. Ensuite, chacun doit se lever et se présenter. Bien entendu, Oxanna est proche de nous et traduit tout. La travailleuse sociale, la représentant des nounous et la psychologue se sont levés une après l'autre afin de confirmer nos relations avec nos enfants, nos qualités, nos moyens de les captiver, nos activités qui ont fait que la psychologue a noté un changement incroyable dans leurs comportements. Elles assurent que nous sommes des parents rêvés pour de tels enfants et que jamais nous n'avons manqué une journée afin de venir les rencontrer. Elles avaient de beaux sourires et des étoiles dans les yeux. Les femmes du jury étaient aussi au bord des larmes...

Je suis ensuite appelé à me lever et je commence à me faire interroger par la juge : pourquoi souhaitez-vous adopter, avez-vous un lieu approprié pour héberger les enfants, êtes-vous au courant des problèmes et antécédents médicaux des enfants, quels seront les suivis que vous ferez pour ces problèmes médicaux, etc... Mon interrogatoire a duré un bon 40 minutes. Par la suite, Mélissa se lève et la juge ne fait que lui demander si elle confirme ce que j'ai raconté. Enfin, a-t-elle autre chose à ajouter. Après un gros 45 secondes, Mélissa a pu se rassoir. On voit tout de suite la place et le rôle du père dans la société ukrainienne. N'ayez craintes, la femme peut se reprendre à la maison. Au tour de la travailleuse sociale de me cuisiner : allez-vous conserver la culture de ces enfants, comment comptez-vous vous organiser leur adaptation au Canada, y aura-t-il d'autres ukrainiens ou ressources ukrainiennes sur place, comment faites-vous pour communiquer avec les enfants actuellement, etc... Par la suite la procureure (avec un air un peu bête et froid) nous demande notre niveau de revenus, combien de chambres nous avons, ce que nous faisons comme métier, etc... Le jury a demandé depuis combien de temps nous étions mariés. C'était leur seule question. 

Viens le tour des filles de se présenter. Liza débute. Elle fait de gros sourires et la juge lui demande si elle aime Pascal et Mélissa. Aucune réponse. Souhaites-tu être adopté ? Aucune réponse. Es-tu pareil à l'école et elle confirme que non. Ouf !!! Liza était définitivement timide, chose qui a été confirmée par la nounou. Puis la super Macha prend la parole, parle au nom d'Oleg, confirme qu'elle nous adore, qu'elle souhaite aller vivre au Canada et que ça ne lui fait pas peur de parler français. "Si je suis capable de parler anglais, pourquoi je ne serai pas capable d'apprendre le français ?"... Voilà un bel énoncé d'engagement. La juge a éclaté de rire...

Par la suite, la juge passe en revue tous nos documents légaux traduits en ukrainien. Ça a duré un bon 30 minutes. Puis, elle confirme que Kiev n'a pas envoyé de papier signé confirmant leur approbation à laisser aller les enfants. Coup de théâtre : Oxanna se lève et rapporte que Kseniya a envoyé un message texte sur son téléphone confirmant que le ministère a signé le papier tard hier soir et qu'il a été certifié ce matin. La juge nous propose donc de suspendre l'audience jusqu'à 13h. Le jugement sera donc complété cet après-midi ! Quelle belle surprise et si vous lisez notre texte d'hier, je vous mentionnait qu'un petit miracle pouvait arriver. Voilà !

Donc nous avons le plaisir de vous confirmer que nous serons officiellement de nouveaux parents cet après-midi et que nous pourrons aller chercher les enfants à compter du mardi 3 juin à l'orphelinat. Ils seront nos enfants pour toujours. Quelle montagne d'émotions ! Nous remercions tous ceux qui ont agit de près ou de loin à ce processus qui parait très complexe, mais qui a abouti avec brio aujourd'hui. D'ailleurs la première chose que nous avons fait avec Oxanna en sortant du tribunal, c'est de faire les demandes de passeport ukrainien pour les enfants. Ça va rouler vite !!! Cet après-midi, nous retournons à l'orphelinat et nous allons aller manger de la bonne crème glacée avec les enfants. Ce sera émouvant. Vive la vie et les petits miracles qui ont fait de cette expérience d'adoption une expérience de vie grandissante et enrichissante. Nous ne serons plus jamais les mêmes et nous remercions la vie de sa grande générosité. Vous sommes désormais les parents les plus fiers du monde, les plus heureux et les plus choyés....

La veille du passage en cour

Nous sommes à un jour du passage à la cour régionale de Kherson. Nous savons que les enfants et tous nos proches (familles et amis) attendent ce moment avec impatience. Nous aussi, mais nous restons pragmatiques. Nous savons qu'un papier officiel doit être signé et reçu d'ici demain matin afin que la procédure judiciaire soit complétée. Or, nous n'avons toujours rien reçu. La situation est que la personne chargée de signer nos documents a des journées très occupées et qu'elle signe tous les documents en soirée. Notre coordonnatrice Kseniya a essayé de les avoir hier soir, mais toujours rien. Pour ce soir, nous n'avons eu aucun appel... Donc nous n'aurons probablement pas ce papier pour demain, à moins d'un petit miracle... Dans ce cas, nous devrions quand même réaliser l'audience préliminaire afin de valider nos identités ainsi que tous les papiers actuellement au dossier.

Cet après-midi nous sommes allés voir les enfants afin de passer une autre après-midi agréable sous un beau soleil et 25°C. Quelle belle journée ! Nous sortons dans le parc et nous sortons nos jeux habituels... Les enfants décident de jouer aux bulles de savon... OK, OK, OK, j'entends déjà beaucoup de personnes nous rappeler gentiment à l'oreille : ils n'ont plus 5 ans ces enfants. Certes, mais je vous assure que n'ayant jamais connu de tels moments, ils ne s'en lassent pas. On joue par la suite à quelques jeux d'ordinateur et iPad. Tous les enfants se passent les appareils à tour de rôle et sans aucune chicane ou mots déplacés. Ils commencent à comprendre la dynamique et nos exigences à ce sujet. Le ciel se couvre un peu. Nous décidons de rentrer. 

Avant de quitter, je demande à Oxanna de leur expliquer le déroulement de la journée de demain. Nous devrons être prêts pour 7h50 car vers 8h nous devons être à l'orphelinat pour chercher les enfants, mais aussi deux employées de l'orphelinat : la psychologue et la travailleuse sociale. Lors du passage en cour fixé à 9h, nous aurons en plus l'inspectrice régionale, le greffier, le juge et 2 jurés. Pour ce qui est des enfants, ils devront être présents car le juge l'exige. C'est un peu là que les choses ont changé : puisque Oleg a encore un peu de rougeur dans la gorge, la femme médecin a décidé de le replacer à l'infirmerie en quarantaine. De ce fait il ne pourra assister à l'audience. En annonçant cette nouvelle, c'est comme si le monde venait de s'écrouler autour de lui. Il était tellement fier d'aller dire au juge qu'il souhaitait aller vivre avec Pascal et Méilssa au Canada ! Il n'a pas eu de bons mots sur la situation et était réellement en colère. Je le comprends tellement. Il prend le calendrier, regarde les dates et nous pointe le 2 juin. En effet, à compter du lendemain du jugement final (qui devrait être jeudi ou vendredi, sachant que demain nous n'aurons probablement pas notre papier à temps), il faut compter 10 jours. Le 10e jour ne doit pas être une journée de fin de semaine ou un jour férié. Or, le 2 juin est férié (journée internationale des enfants). Donc nous devrions avoir nos enfants à temps plein à compter du mardi 3 juin ! Cela nous sera confirmé sous peu.

Les enfants ont vraiment hâte de partir de leur orphelinat. On sent qu'ils sont sur le point d'aller voir la directrice pour leur signifier leur impatience et Oleg a bien confirmé qu'il aurait bien aimé dire au juge le fond de sa pensée sur le fait qu'il nous aime, qu'il veut vivre avec ses soeurs au Canada et que son choix est final... Mais bon, notre petit bonhomme devra rester seul demain matin. Nous irons chercher les filles et nous lui apporterons une petite surprise afin de lui faire passer la "pilule" qu'est cette mauvaise nouvelle... 

Que la fête commence !

Oh voilà qu'une belle journée commence ! Le temps est clément, les rues sont remplies de monde et nous avons fait de belles découvertes dans d'autres quartiers avec de petites boutiques au centre-ville de Kherson. On a trouvé une belle boutique de souvenirs. On a enfin trouvé des costumes ukrainiens traditionnels de qualité. Ils sont de toute beauté. Nous avons aussi trouvé des poupées russes et oeufs décorés à la mains. Nous préférons nous approvisionner ici car il semble que les mêmes produits à Kiev sont beaucoup plus chers. Nous avons fini nos achats en nous arrêtant dans un bar-terrasse. Même si on ne parle pas l'ukrainien de façon fluide, nous sommes bien fiers de pouvoir nous débrouiller ! 

Vite, il faut rentrer à l'appartement car nous devons quitter pour 15h. Nous apportons les collations, les jeux, l'ordinateur et la tablette, car on ne savait pas quel temps il allait faire. En arrivant, on se dirige dans le bureau de la directrice car Oxanna pense qu'on pourrait aller dans un parc pour se promener avec les enfants. Pendant qu'Oxanna lui parle, on aperçoit Macha et Oleg qui reviennent du sous-sol pour monter des cartons de bricolages... Ils nous sautent au cou. Trop mignons ces enfants. Oxanna sort et on se dirige vers le dortoir des garçons. On a eu le OK de sortir jusqu'à environ 19h. En montant, on explique aux enfants que nous allons sortir et qu'il faut s'habiller. Macha et Liza en robe de soirée avec collants, Oleg en pantalon jean. J'avais chaud pour eux ! On part tous les sept dans l'auto vers ce parc. Il s'agit du parc Lénine qui est non loin de notre appartement. C'est le parc qui comprend une fête foraine permanente que nous avons déjà photographiée. Le parc était quasiment vide. 

Les enfants sont excités et nous n'entendons que des "wow" et "klass" (cool). Les enfants choisissent leurs manèges et nous sentons qu'ils ont un plaisir immense. Même Liza est montée dans la petite montagne russe et en est ressortie avec un beau sourire. Ils ont essayé à peu près tous les jeux et attractions. Ils transpiraient beaucoup et leurs pommettes rouges ne cachaient pas leur énergie débordante. Ils étaient très respectueux, quand on disait non pour une activité, ils continuaient sans se plaindre. C'était vraiment plaisant et je vous assure que nous ne nous lassons pas d'entendre leurs éclats de rire et de voir toute la joie qu'ils dégagent. On revient vers l'auto, même s'ils voulaient jouer encore. On leur signifie que nous allons au restaurant. Et que les mines se sont remises à briller !! 

Le restaurant... Oh la la que ce fut une expérience agitée et bourrée d'énergie mal placée. Les enfants étaient survoltés. On a immédiatement compris qu'on ne peut associer deux évènements qui déclenchent un tel bonheur. Jamais ! Ils ne tenaient pas en place, faisaient n'importe quoi, touchaient à tout, allaient aux toilettes pour faire des mauvais coups... Bref, c'était épuisant. Le repas est servi. Les enfants se précipitent sur les plats avec leurs mains ! Oui, oui ! Je leur explique qu'avec une fourchette c'est plus intéressant... mais non, ils étaient tellement excités par la bouffe que Papa avec ses leçons de bienséance passait inaperçu... Oxanna nous explique que les enfants mangent avec leurs doigts à l'orphelinat et qu'ils ne disposent que d'une cuillère pour les aliments liquides ou le yogourt... Chouette ! Un autre apprentissage à ajouter sur notre liste ! Puis Oleg me demande de l'accompagner aux toilettes. Il m'explique qu'il a une envie de pipi. Sans m'y attendre, il me fait rentrer avec lui dans les toilettes, inspecte la toilette et je m'empresse d'abaisser le siège de la toilette. Il s'installe et se soulage la vessie. Il se relève, se rhabille sans s'essuyer (chouette, voici un autre apprentissage à ajouter à notre liste) puis se lave les mains (ironiquement !). Sachant qu'Oleg est un petit gars très pudique, cela me montre qu'il me fait de plus en plus confiance. Un point de plus ! On finit de "manger" (on était plus dans une cantine d'affamés) et les enfants mettent du pain dans leur serviette en papier ??!! Je ne comprends pas pourquoi, mais on rentre. Sur la route, Oxanna explique aux enfants que nous logeons dans le quartier. Oleg s'exclame avec un ton assuré et naturel : "c'est la maison au Canada qui nous intéresse, pas celle de Kherson" !...

En arrivant à l'orphelinat, Oleg se dirige dans le parc de l'orphelinat, sort sa serviette renfermant son pain et décide de le déchiqueter afin de le donner aux pigeons. Les enfants sont vraiment proches de la nature et très respectueux également. Puis Mélissa décide de dire à Liza qu'elle l'aime en lui faisant le symbole du coeur avec ses deux mains. Liza était émerveillée, puis répond de la même manière et avec un sourire en prime. Puis Maman lui explique que Papa aussi aime Liza (avec la même gestuelle). Elle tombe ébahit et n'en revient pas (elle se souvient probablement de la mauvaise journée où je l'ai chicanée pour son comportement...). Elle fonce sur moi avec son coeur et me fait de gros bisous. Elle était craquante. On monte les raccompagner à leur groupe. Les enfants démontrent de plus en plus d'amour et maintenant ils ont pris comme manie de signifier cette amour encore plus ouvertement devant leurs amis. Les bisous et les accolades devant leurs amis en pyjama étaient interminables. En quittant, avant de refermer la porte, Oleg et Liza viennent nous revoir pour une dernière fois en faisant un coeur avec leurs mains et en nous disant "je vous aime" avec des yeux qui étaient brillants comme les étoiles. Nous sommes partis avec les larmes aux yeux, en pensant à tout ce qui peut bien passer dans leur tête. Ils sont nos amours et notre raison de vivre. Clairement !

Journée de rêve

Ce matin, nous nous sommes levés tôt afin de partir vers 9h30. Nous avons rendez-vous à l'église catholique baptiste afin de rejoindre les enfants. Cette église a été mise sur pieds suite à de nombreux dons de parents adoptants américains. Le site est à 200 mètres à pieds de l'orphelinat. L'église est très grande et c'est la première fois que nous rentrons dans une église de cette confession. Nous attendons sur le parvis. Soudain, ils arrivent. Oleg et Macha accourent pour nous sauter au cou. Liza est un peu en retrait mais vient nous faire de beaux bisous. Nous nous dirigeons vers la mezzanine et nous installons sur le balcon. Le groupe de musique se met à jouer des chants religieux. C'est très animé. Des écrans projettent les paroles, tel un karaoké. Je reconnais quelques airs, mais j'ignore la majorité des chansons (en plus en ukrainien). J'observe les enfants. Ils ne semblent pas très intéressés à l'ambiance qui règne. Je demande à Oleg ce qui se trouve dans son petit sac. Il me dit que c'est son livre de prières et qu'il ne veut rien savoir. Je peux déjà voir que les enfants sont amenés dans cette église par habitude, mais certainement pas par conviction. Macha me caressait mon bras durant toute l'heure. Liza dormait à moitié à côté de Mélissa. Au bout d'une heure, nous nous séparons en deux groupes pour un cours de catéchisme. Liza est seule et les jumeaux sont dans un autre groupe. Beaucoup d'enseignement dans le groupe des jumeaux. Macha s'en balance et s'installe sur moi. Oleg se tient seul contre la fenêtre et regarde dehors, nostalgique. On rentre à notre appartement vers 12h. 

En revenant, nous préparons nos crêpes et faisons un peu d'épicerie. Nous avons appris notre leçon : nous préparons des assiettes avec 3 crêpes, une cuillerée de Nutella et une cuillerée de confiture de coings. Nous tranchons quelques fraises et quelques bananes. Vers 15h, nous descendons et rejoignons l'orphelinat. Les enfants faisaient leur sieste. Oleg est le premier à nous rejoindre. Première question : "Pouvez-vous me dire dans quelle ville nous habiterons ?". Trop mignon. Je lui dit "Mont-Saint-Hilaire" (hyper simple à dire en ukrainien). Il me regarde dans les yeux et me dit : "Faudra me l'écrire pour ne pas que je l'oublie !". Ouah !! Les filles arrivent, souriantes et resplendissantes. Nous descendons dans le parc de l'orphelinat. Le ciel est gris et de la pluie est annoncée pour ce soir. Nous sortons immédiatement les crêpes et je vous dis que les enfants ne se sont pas fait prier. On entendait les mouches voler tellement que cela devait être bon. Soudain Liza renverse son assiette et perd 2 crêpes... Naturellement, Oleg et Macha lui donnent une crêpe pour la compenser. Mais en finissant sa collation, Oleg va fouiller dans le sac poubelle et récupère ses 2 crêpes pleines de terre. Il les déchiquètent dans une assiette. Il me dit "Papa, davaï !!" (viens-t'en !!). Il me tient par la main, et on va rejoindre un groupe de gros pigeons. Il s'agenouille et leur donne les morceaux de crêpes. Il avait un sourire et des yeux qui respiraient le bonheur. Il était si fier de lui et moi en extase sur ce geste d'une profonde humanité. Macha s'en vient, elle apporte de l'eau car ils pensent que les pigeons auront soif après un tel festin. Liza arrive ensuite en renfort et tous sont en admiration devant ces pigeons. 

On rentre ensuite en dedans. Les enfants avaient le choix de faire un jeu sur mon ordinateur ou bien du iPad. On se réessaie !! Oleg choisi l'ordinateur, et nous faisons un tirage au sort pour le iPad. On rappelle les règles. C'est Liza qui débute sur le iPad. Macha joue avec Maman à faire du coloriage de mode sur dans un cahier comportant des modèles. Les enfants jouent calmement, collés à nous et rigolent de temps à autre. 20 minutes se passent, ils s'échangent les jeux sans se chicaner. La journée se termine, vraiment sur une note que nous aimerions voir tous les jours. Oleg regarde Oxanna et nous demande : "Est-ce que je peux aller coucher chez vous ce soir ?". Et que ça fait mal... On lui dit que non, mais que ça ne tardera pas. Nous passons à la cour ce mercredi matin. Donc tout va débouler assez rapidement par la suite. On monte les ramener à leur dortoir. Ils nous serrent fort et nous entendons aussi "Je t'aime fort". Trop agréable à nos oreilles. Oxanna demande par la suite de voir Vénéria qui est la nounou qui connait bien nos enfants, ainsi qu'avec Lilia qui est une nounou qui connait particulièrement Oleg depuis qu'il a 3 ans. On la prend à part et on décide de lui poser quelques questions. Voici en rafale un résumé de notre discussion.

  • Les enfants ont été amenés par leur mère qui est venue les visiter durant les premières semaines. Puis un beau jour, elle les quitte en leur disant que ce ne sont pas de bons enfants et qu'ils ne sont pas bons pour elle. Une vraie claque dans la gueule !! Cela explique que les enfants ont besoin de beaucoup de renforcements positifs pour réaliser des tâches. Ils ont une faible estime de soi, et ont une grande insécurité.
  • Liza était dans un groupe différent des jumeaux. Elle a rejoint le groupe de Macha et Oleg il y a deux ans. Ils ont donc découvert qu'ils étaient frère et soeur à ce moment-là. C'est pour cela qu'on voit une différence de relations entre les jumeaux et Liza.
  • Liza est très appréciée de son enseignante qui la considère comme sa "chouchou". Par contre, elle est peu expressive lorsqu'elle aime quelqu'un ou quelque chose. Une fois qu'on lui dit qu'elle est bonne et capable, elle grandit et devient meilleure à chaque jour.
  • Oleg a été pris en charge par Lilia pendant plusieurs années. Elle l'amenait dans sa famille (un peu comme une famille d'accueil). Il la considérait comme sa mère. Il lui a même demandé qu'elle l'adopte, mais elle a refusé car elle ne peut adopter la fratrie et que ses moyens financiers sont limités.
  • 48h après avoir connu Oleg, il a fait une petite crise de panique et a décidé de téléphoner à Lilia qui était en congé. Il lui redemande qu'elle l'adopte. Elle décline à nouveau. Elle lui avoue que nous sommes des parents faits pour eux. Elle le remet sur notre chemin et l'a rassuré. Merci Lilia !!
  • Les enfants n'ont que de bonnes choses à dire sur notre sujet. Par contre leur seule angoisse réside dans le fait qu'ils doivent apprendre une nouvelle langue. Puisqu'on leur a dit qu'ils n'étaient pas de bons enfants et qu'ils étaient des bons à rien, vous comprendrez que nous devrons faire beaucoup de renforcements positifs. 
  • Liza a raconté le jour où elle a été exécrable avec nous. Elle a tout dit en détails à Vénéria. Vénéria lui demande si son comportement a été acceptable. Liza répond que non. Vénéria, dans un geste qu'elle a regretté après coup, lui dit que si elle continue comme cela, Papa et Maman repartiront au Canada uniquement avec Oleg et Macha. Ouf, pas certain que j'aurais dit cela. Elle part en sanglots et se met à s'excuser pour son geste. Maintenant, nous devons lui avouer que malgré cette histoire, nous l'aimons et l'aimerons pour toujours. 
  • Lilia va nous préparer un album souvenir de 200 photos d'Oleg car sa fille est photographe. Demain, elle nous demande d'apporter une clé USB car elle a aussi beaucoup de photos des filles. Quelle chance et surtout quelle générosité !

Et bien voilà une belle journée, pleine de bonheur et de confidences...