2 mois avec les enfants...

Chers lecteurs, nous ne vous avons pas oublié. Au contraire ! Le 24 juin, cela a fait deux mois que nous connaissons les enfants. Tellement de choses ont changé ! Nous les connaissons beaucoup mieux aujourd'hui, c'est certain. Cela fait aussi 10 jours que les enfants sont arrivés au Canada. Le temps passe si vite. Leur adaptation se déroule bien, mais vous devez comprendre qu'ils se cherchent, qu'ils nous testent et qu'ils sont en train de trouver leur repère, leur sécurité. 

Comme tous les parents adoptants, nous sommes fiers de nos "bébés". La première erreur que nous avons fait (et je vous assure que même avec nos cours de pré-adoption nous ferons encore beaucoup d'erreurs), c'est de rencontrer rapidement quelques personnes de l'entourage. Faire de telles rencontres nous rend fiers et nous permet de présenter nos loustics à la famille proche. Par contre, nous oublions souvent que cela n'est pas bénéfique pour les enfants. Nous les voyons stressés, ils restent collés tous les trois et se mettent à l'écart tels des animaux qui fuient. C'est donc une décision que nous avons pris de ne plus rencontrer quiconque pour les prochaines semaines. Seuls les grands-parents sont les bienvenus car ce sont des figures qu'ils reconnaissent depuis longtemps. Ils savent que ce sont les parents de Mélissa et qu'ils viennent par petites périodes. Pour mes parents, c'est très drôle : ils me demandent quand ils viendront. J'ai beau leur dire que ma famille au complet vit en France, ils ne réalisent pas qu'ils ne viendront pas demain matin leur dire bonjour. 

Les petites crises, oui bien sûr il y en a. Mais à l'inverse des enfants biologiques, nous devons différencier la crise de caprice de la crise d'angoisse. Puisque nous implantons la discipline depuis le tout début, ils sont habitués à ce qu'on leur dise non. Donc sur ce point, ça va très bien. Mais par exemple Oleg ne voulait pas dormir dans un lit Queen (grand format 2 places) que nous avions. Il a pleuré de chaudes larmes sans dire pourquoi, a rejeté nos cadeaux (comme sa montre), a frappé sa tête contre les murs, a crié de longues minutes, mais jamais nous n'avons su pourquoi. Nous avons ramené le traducteur Google pour comprendre. Il s'est rassis sur moi, me tenait la main très fort et m'explique qu'il a préfère un lit simple car il a peur de dormir dans un grand lit. Et bien voilà une explication qui se tient : cet enfant a toujours dormi dans un lit superposé avec une douzaine d'amis. Il est donc normal qu'il y ait une période de transition. Nous sommes allés chez Ikéa et avons équipé les deux chambres. Tout est donc résolu : les filles dorment dans un lit superposé qu'elles ont choisi et Oleg a un lit simple qu'il souhaitait aussi. En étant vigilant et sensible à leur histoire, nous devons ajuster quelques éléments. Le but ultime c'est qu'ils aient leur cocon à eux, leur nid de sécurité. 

Autre fait intéressant, ce sont des enfants qui ont reçu beaucoup de fausses idées ou bien qui ont des habitudes très étranges pour nous, les occidentaux. Mais tout s'explique. Voici quelques exemples : 

  • L'eau : ils ne comprennent pas pourquoi nous buvons l'eau du robinet et que nous nous lavons les mains au même endroit. En Ukraine c'est normal puisque l'eau n'est pas potable partout. 
  • La douche : les enfants prenaient leur douche avec leur sous-vêtement. Normal aussi puisque par pudeur ils prenaient des douches avec d'autres amis et qu'ils ne souhaitaient pas se montrer nu. Cela aussi a été résolu.
  • La crème glacée : nous servions de belles boules de crème glacée. À chaque fois, ils la touillent pour accélérer sa fonte. Ils la mangent quasi liquide. Cela est à cause des infirmières qui leur disaient que c'était mauvais pour leur gorge de manger de la crème glacée froide. On part de loin !
  • Les médicaments : dès que les enfants ont des égratignures, ils veulent un pansement; quand ils ont mal au ventre, ils veulent une pilule; etc... Nous leur avons montré que leurs bobos n'étaient pas graves et qu'ils n'avaient pas besoin de rien. 
  • Concept gars / filles : les enfants ont toujours joué au sein de leur groupe : les gars avec les gars, les filles avec les filles. Bien que les filles soient plus ouvertes à partager leurs jeux et leurs effets, il en est autrement avec Oleg qui refuse de partager avec ses soeurs. Je fais ce que je veux avec lui, car je suis un gars. Mais cela sera à travailler car c'est une habitude qui s'est développée à l'orphelinat. 
  • Le chef de la meute : Oleg est clairement le leader du groupe. Il aime diriger, décider, mener et faire tout en premier. C'est une habitude qui vient encore de sa culture où les hommes sont toujours en tête et dirigent la famille. C'est aussi pour cela qu'il me colle beaucoup car il pense que je fais exactement la même chose chez nous. Or, il découvre que Mélissa dirige autant que moi, tout dépendant de quoi on parle. On tente donc de lui faire changer cette habitude qui n'est pas non plus évidente à faire disparaitre.

Nous avons des enfants qui ont donc beaucoup d'habitudes qui ont été acquises au fil du temps. Cela nous demandera de la patience avant que cela puisse changer. Cependant, nous remarquons qu'ils sont de vraies éponges : si nous montrons l'exemple, ils nous suivent, que ce soit pour le langage, la discipline, etc... Pour les repas, nous impliquons les enfants dans la préparation ce qui augmente leur intérêt.  

Pour ce qui est de la langue, c'est un beau défi. Les enfants parlent beaucoup ensemble. Ils se disent plein de choses et c'est normal. On sait qu'ils comparent beaucoup leur pays d'origine et leur nouveau pays d'adoption. Ça aussi c'est normal. Par contre il est aussi de notre responsabilité de les faire intégrer à notre société et à leur nouveau monde. Nous avons suivi quelques conseils de ceux qui ont vécu la même expérience que nous :

  • nous avons coupé les accès aux sites russes (les enfants regardaient souvent des films sur Youtube de dessins animés russes), ils n'ont accès qu'au iPad (les téléphones sont redevenus notre propriété);
  • nous ne comprenons plus les mots russes pour lesquels les enfants connaissent les équivalents en français. Nous faisons exprès de ne plus répondre à leur demande quand ils auraient du s'adresser à nous avec un mot français;
  • nous avons commencé des jeux de société qui favorisent la francisation (bingo de l'alphabet, jeux avec pictogrammes, jeux de cartes, etc...);
  • nous faisons un rituel de fête lorsqu'ils nous sortent des mots en français, les enfants trouvent cela très drôle;
  • les enfants aiment beaucoup écouter de la musique, donc nous ne mettons que des chansons en français. Idem pour les films et dessins animés. Hier nous avons regardé la "Reine des Neiges" et tout le monde a rigolé aux bons endroits. Oleg aime écouter la radio (faible volume) avant de s'endormir le soir, il écoute uniquement de la musique française sans qu'on lui ait imposé un poste !
  • nous les occupons beaucoup afin qu'ils oublient le plus rapidement possible leurs références, l'orphelinat, etc... Cela n'a pas pour but d'effacer leur passé (ce qui est impossible), mais bien de garantir leur intégration le plus rapidement possible à leur nouvel environnement. Ils doivent s'attacher à nous et à leur nouvel univers avant tout. Souvent les enfants nous demandaient d'envoyer une lettre, de téléphoner à l'orphelinat ou bien d'utiliser Skype. À chaque fois, on changeait de sujet de conversation ou bien on leur explique que cela ne fonctionne pas. Ils oublient leur demande au bout d'une minute et passent à un autre sujet. On ne dit pas qu'on ne fera rien de cela, mais à l'étape actuelle, c'est simplement retardé leur intégration et leur sentiment d'appartenance à leur nouvelle vie.

En résumé, tout se déroule très bien. Les enfants sont de plus en plus câlins et attachés à nous. Mélissa avait une grande pente à remonter, mais je peux vous assurer que je vois une belle progression dans ses liens qu'elle tisse avec eux quotidiennement. Les enfants ne nous appellent plus Mélissa ou Pascal, mais Papa et Maman voire Papaska et Mamaska (Papa et Maman d'amour, langage enfantin). Certes, Oleg est très attaché à Papa car il semble que je sois le père qu'il a toujours rêvé d'avoir. La relation est  maintenant plus équilibrée avec leurs deux parents. Les repas se déroulent de mieux en mieux, les colères sont très rares et nous avons réellement l'impression que ces enfants ont toujours vécu avec nous. Nous avons aussi remarqué que les enfants ont besoin de sortir seuls avec nous : les 3 enfants s'apprécient beaucoup, mais ils ont aussi besoin de rester seuls avec nous pour quelques activités. Par exemple, je lave l'auto seul avec Oleg, Mélissa fait de la cuisine avec Macha ou fait du magasinage avec Liza. Nos enfants sont tout ce qu'il y a de plus normal dans le monde des familles avec 3 enfants. Nous voici donc dans le fabuleux monde des enfants avec leurs qualités et leurs défauts. Nous sommes très choyés et heureux de tout ce qui nous arrive...

Commentaires (3)

  • Marie-Clauder

    Marie-Clauder

    26 juin 2014 à 15:43 | #

    Wow! Je vous admire!
    Merci de partager avec nous vos beaux moments! c'est merveilleux le pouvoir de l'adaptation de l'être humain et ces petits auront plein de belles opportunités dans leurs vies...grâce à vous!

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    • Pascal & Mélissa

      Pascal & Mélissa

      26 juin 2014 à 16:34 | #

      Merci Marie-Claude !
      Oui, c'est pour nous aussi toute une expérience surtout sur le plan humain. Chaque jour nous en apprend davantage sur eux... et sur nous !
      A+

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  • Guy Dubé

    Guy Dubé

    28 juin 2014 à 20:14 | #

    Chapeau, quel défi, mais vous étiez bien préparés.

    Je n'ai pas trouvé de manuel d'éducation aux parents...

    Soyez heureux en famille!

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